- Sebastian Castella : "La Colombie est le pays qui m’a donné le plus d’opportunités"

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Sebastian Castella est né en 1983 à Béziers. Très tôt considéré comme l’un des plus grand matador de sa génération, il est entré dans l’histoire de son art en 2007 en devenant le premier matador de taureaux français à ouvrir la Grande porte de Las Ventas à Madrid. Toujours au plus près du taureau, prenant un maximum de risques, son style rivalise avec les grands noms de l’histoire de la tauromachie.

Amoureux de cette Amérique Latine qui lui a permis de se faire un nom, il nous livre ses impressions quelques jours après avoir triomphé à Medellin et avant ses deux corridas à la Feria de Bogota.

Comment vous est venue cette passion pour la corrida ?

Toute sa vie mon père avait l’aficion, il voulait être torero, et je crois qu’il m’a transmis cette passion. C’est quelque chose que j’avais dans le sang.

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Manolete


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Est-ce que certains matadors de légende vous ont inspiré ?

Une des légendes qui m’a le plus influencé, pour sa personnalité si forte et son sérieux, c’est Manolete. J’ai vu des vidéos et des photos, malheureusement je n’ai jamais pu le voir en vrai. Sa manière de toréer, aussi droit, statique, m’a beaucoup inspiré.
J’en admirais d’autres mais il faut reconnaitre que même si je respecte bien évidemment tous les toreros, rares sont ceux qui m’ont marqué.

Comment avez-vous débuté ?

Au début, c’est comme partout, quelqu’un voit tes qualités et commence à t’aider. J’ai eu un manager en France, Robert Margué qui m’a ensuite mis dans les mains d’un maestro espagnol José Antonio Campuzano. J’ai ensuite continué mon apprentissage au Mexique et plus largement en Amérique Latine puis en Espagne, à Séville, où j’ai commencé à gravir les échelons jusqu’à avoir un apoderado.

L’Amérique du sud a joué un rôle important dans votre carrière ?

Enormément. La Colombie, le Mexique ont été les premiers pays à m’accueillir, à me donner des férias. J’ai gagné mes premiers trophées à Lima, Cali, Manizales, Quito...
L’Espagne était très importante pour moi car elle est le cœur de la tauromachie. Mais comme les espagnols ne voulaient pas m’ouvrir la porte, j’ai dû passer par l’Amérique Latine.

Madrid, Las Ventas, 18 Mai 2007

Parmi ces pays quelle place occupe la Colombie ?

Pour moi, la Colombie a eu une place très importante. C’est le pays qui m’a donné le plus de chaleur humaine, le plus d’opportunités. J’ai un pied à terre à Carthagène, beaucoup d’amis ici à Bogota, ma femme avec qui je viens d’avoir un enfant est franco-colombienne… C’est très spécial pour moi, c’est un peuple et un pays que j’adore. Qui sait, à la retraite, dans quelques années, je viendrai peut-être m’y installer.

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León, México (20-ene-11) Foto : Manuel G Cataño


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On vous dit plus mature, vous êtes-vous assagi ou, au contraire, prenez-vous plus de risques ?

Je crois que les risques on les prend toujours autant mais avec le temps on acquiert de la maturité et du métier. Ma manière de toréer est d’essayer d’être au plus près du taureau en privilégiant par-dessus tout l’émotion.
Comme dans tous les arts, dans ce spectacle qu’est la tauromachie il faut toréer avec le cœur et avec ses sentiments. Et alors c’est encore plus fort. Je crois que ces années m’ont appris à toréer avec plus de profondeur, c’est en tout cas ce que je recherche.

A Medellin, vous avez toréé aux côtés de Luis Bolivar, comment cela s’est passé ?

Très bien, il y a eu beaucoup d’émotion, dans l’arène le public était très réceptif. On est sorti tous les deux en triomphe, je me suis énormément régalé en toréant le deuxième taureau puis, sur le troisième, la faena a été très profonde avec beaucoup de conviction et de sentiments et j’ai coupé deux oreilles.

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Sebastian Castella - Medellín 2011 © Olga Holguín

La corrida semble traverser une période difficile, interdiction en Catalogne, un référendum visant à l’interdire est sur le point d’être organisé à Quito, qu’en pensez-vous ? La corrida doit-elle perdurer ?

C’est ma passion et c’est ma vie, c’est forcément un sujet qui me touche. Je crois que la corrida doit perdurer car elle a une dimension culturelle. D’un autre côté, il ne faut pas oublier que nous toréons des taureaux "bravos" qui n’existent que pour cela et qui seraient voués à disparaitre sans la corrida.

En Espagne, la place de la tauromachie dans la culture est très importante mais les enjeux sont politiques.
En Equateur, le Président Correa va organiser un référendum sur la mise à mort des animaux. A ce propos, je me rends justement le 9 février à Quito pour toréer avec El Fandi et Martín Campuzano. Une marche sera ensuite organisée jusqu’à la Cour Constitutionnelle et on espère pouvoir parler avec le Président Correa.

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Et en France où en sont les débats ?

Dans le sud, la tauromachie fait partie intégrante de la culture. La France aide beaucoup la tauromachie, le Président Sarkozy et de nombreux politiques sont très aficionado.

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La Feria de Bogota débute dans deux semaines, vous serez entre autres aux cotés d’El Juli et de Daniel Luque cela promet un beau spectacle

J’espère que ce sera une belle corrida, elle l’est sur le papier. J’espère que tout le monde va se régaler mais je prends les corridas les unes après les autres. Pour le moment je me concentre sur celles de ce week-end au Mexique. Celles de Bogota, je n’y pense pas du tout.

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© Olga Holguín

Retrouvez :

- Le site Web de Sebastian Castella

- La programation de la prochaine Feria de Bogota

Sebastian Castella en quelques dates :

- Né le 31 janvier 1983 à Béziers (Hérault).
- Débuts en novillada sans picadors : 30 mars 1997 à Aignan (Gers).
- Débuts en novillada avec picadors : 17 janvier 1999 à Acapulco (Mexique)
- Débuts en novillada avec picadors en France : 1er mai 1999 à Aire-sur-l’Adour (Landes)
- Alternative : 12 août 2000 à Béziers. Parrain Enrique Ponce, témoin José Tomás.
- Confirmation d’alternative à Mexico : 18 février 2001. Parrain Rafael Ortega, témoin « El Tato ».
- Confirmation d’alternative à Madrid : 28 mai 2004. Parrain Enrique Ponce, témoin Matías Tejela.
- Rang de figura en Espagne et prix "Cossio" de "Meilleur matador de toros" : 2006
- Premier matador de toros français à ouvrir la Grande porte de Las Ventas à Madrid : 2007
- En 2010, il est en huitième place à l’escalafón

Propos receuillis par Adrien Majourel (adrien_majourel@diplomatie.gouv.fr)

publié le 03/02/2011

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