Rencontre avec Fabrice Richy, nouveau directeur de l’Agence Française de Développement (AFD)

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Fresco a rencontré Fabrice Richy, directeur de l’Agence Française de Développement (AFD) en Colombie.
Jusqu’à présent, celle-ci disposait en Amérique Latine de deux agences : au Mexique et au Brésil. Il revient pour nous sur les raisons qui ont poussé l’AFD à venir s’installer en Colombie, les missions qui lui ont été confiées et l’impact que celles-ci pourront avoir sur les populations locales

M. Richy, bonjour. Pouvez-vous nous dire en quelques mots ce qu’est l’AFD ?

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Le Groupe de l’Agence Française de Développement comprend principalement l’AFD, PROPARCO, sa filiale en charge du financement du secteur privé et le Fonds Français pour l’environnement Mondial (FFEM) dont l’AFD assure la gestion.

L’AFD est un établissement public et une institution financière. Elle a pour mission de mettre en œuvre la politique d’aide au développement de la France soit par des dons soit par des prêts selon les pays et les situations économiques. PROPARCO finance le secteur privé avec des prêts aux conditions du marché. Le FFEM subventionne des projets environnementaux.

Quelles sont les raisons qui poussent l’AFD à s’installer en Colombie ?

Jusqu’à présent, l’AFD était très peu présente dans les États latino-américains. Seules des agences existaient dans les Caraïbes : outre celles des départements d’outre–mer (Martinique, Guadeloupe et Guyane), en Haïti et en République Dominicaine. L’AFD intervient également, à partir des départements d’outre-mer, dans les pays limitrophes pour financer des projets de coopération régionale (Suriname, Guyana, États de la Caraïbe).

La France, par l’intermédiaire de l’AFD et de sa filiale PROPARCO, a décidé depuis 5/6 ans d’étendre rapidement son action au bénéfice de pays appelés généralement intermédiaires. La particularité de cette évolution est de le faire par le biais de prêts à bas taux éventuellement bonifiés mais pas systématiquement. Cette politique permet de focaliser les dons sur les pays les plus pauvres situés principalement en Afrique sub-saharienne. Il s’agit enfin de participer, dans un contexte de crise financière internationale, à la relance économique dans une vision contracyclique.

Depuis deux ou trois ans, l’AFD a donc élargi son intervention et a créé des agences au Brésil, au Mexique et en Colombie, ainsi qu’un bureau au Suriname. Ces ouvertures font suite à une extension importante du champ géographique de l’AFD, aussi bien en Asie (Indonésie, Chine,.. ) qu’au Moyen Orient ou en Asie centrale (Pakistan, Inde,…). PROPARCO et le FFEM ont la possibilité d’intervenir sur l’ensemble des pays de l’Amérique latine et des Caraïbes. Il en est de même des ONG que l’AFD finance sur subventions à travers la Facilité d’Innovation Sectorielle pour les ONG (FISONG).
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L’AFD a ouvert trois agences en Amérique Latine (Brésil 2007, Mexique 2009 et Colombie) dans le cadre de financements de projets croissance verte et solidaire.

Quels sont les instruments financiers dont dispose l’AFD en Colombie ?

En Colombie, nos financements sont quasi-exclusivement constitués de prêts qui peuvent être octroyés à l’État, aux collectivités territoriales et aux sociétés publiques ou encore aux établissements financiers dans le cadre de politiques publiques. Une filiale de l’AFD, Proparco, est en charge du financement du secteur privé. Les financements de l’AFD peuvent comprendre des actions d’appui et d’études financées sur subventions. Le FFEM intervient exclusivement sur subventions pour soutenir des projets environnementaux.

Sentez-vous une demande pour le type d’actions que vous envisagez de la part de la Colombie ?

Les financements de l’AFD visent à répondre à des demandes de financements dans un contexte de crise financière internationale en prenant en compte les préoccupations environnementales et de solidarité de nos partenaires. Les premiers contacts montrent qu’il existe un véritable intérêt porté en Colombie à cette offre financière proposé par une institution bilatérale française à coté des institutions financières internationales et régionales avec qui nous entretenons des relations de partenariat.

Qu’est ce qui différenciera les projets de l’AFD en Colombie de ceux auxquelles elle participe ou qu’elle finance ailleurs ?

L’axe collectivités locales est notre axe stratégique principal. Il n’est pas aussi courant qu’on le croit que des pays à revenu intermédiaire aient ce niveau de solidité et d’autonomie des collectivités locales. En effet, dans de nombreux pays, elles n’ont ni les moyens, ni la capacité, ni l’autonomie pour gérer elles-mêmes leurs propres affaires. Et à ce propos, on peut constater que la vraie décentralisation en France, celle qui a permis aux maires de définir librement leur gestion et leurs investissements sur l’ensemble des domaines de la vie locale ne date que d’une petite trentaine d’année.

En Colombie, la décentralisation n’est pas une nouveauté. Et même si des marges de progression existent, (en particulier il n’y a pas décentralisation sans contrôle) elle est fondamentalement intégrée au système politique et institutionnel. C’est une chance et un défi !
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Siège de l’AFD à Paris

Forte de ses 64 représentations à l’étranger et de ses 1 412 agents, l’AFD intervient dans plus de 60 pays et dans les collectivités d’Outre-mer. Dans les pays d’intervention, les engagements financiers de l’AFD ont représenté 3,4 milliards d’euros en 2008.

Quelle est la hauteur des fonds que l’AFD vous a confiés en Colombie ?

Il n’y a pas à proprement parler d’enveloppe Colombie. Nous avons la capacité de financer, avec ou sans la garantie de l’Etat colombien, des projets qui peuvent se chiffrer à plusieurs dizaines de millions d’euros.

Il ne s’agit pas de fonds provenant de l’Etat français. L’AFD emprunte sur le marché international et re-prête aux Etats à des conditions favorables. En effet, du fait de l’excellente notation sur le marché international de l’AFD, nous pouvons emprunter à des taux privilégiés.

Que pourra apporter l’AFD en Colombie ? Quel sera l’impact sur les populations locales ?

Le mandat que nous a fixé l’État français est clair et précis : financer exclusivement des projets de développement contribuant à la relance verte (soutenable) et solidaire (sociale). Il s’agit de financer des projets contribuant à la croissance économique en termes d’investissements et d’emplois, en visant à réduire la dégradation de l’environnement.

En Colombie, l’AFD a choisi de concentrer ses interventions sur le financement des villes et des infrastructures urbaines. Il s’agit notamment des transports collectifs, de l’assainissement, de la réhabilitation de quartiers, de l’intégration urbaine et plus globalement de tout projet visant à une gestion durable et socialement équilibrée des villes colombiennes.

L’AFD pourrait également intervenir à travers des financements à des banques ou des établissements financiers.

Est-ce que la crise économique mondiale peut constituer un frein pour vos activités ?

L’action de l’AFD comme établissement public est justement de se situer dans une dynamique contra cyclique. Au moment ou les entreprises privées hésitent à investir du fait des incertitudes, nous pouvons et nous devons suppléer la faiblesse de l’investissement privé mais sur des orientations pérennes, soutenables préparant un autre développement.

Quel est votre parcours personnel ?

J’ai à l’origine, une double formation d’urbaniste et de sciences politiques. Après avoir été directeur général d’une collectivité locale en France (en région parisienne), j’ai travaillé comme urbaniste sur de nombreux projets en France et à l’international notamment pour la Banque Mondiale. Après avoir intégré l’AFD en 1995 comme expert urbain, j’ai été Directeur Général de plusieurs filiales immobilières de logement social du groupe AFD en Nouvelle Calédonie ou en en Martinique. Avant d’être nommé en Colombie, j’étais directeur au Laos.

Un dernier message ?

Oui, en direction des milieux économiques français qui portent souvent une attention particulière à notre action. Je souhaite leur dire que si nos financements ne peuvent pas être directement liés à l’activité exportatrice de notre pays, cela n’empêche pas d’être intelligent. L’AFD est soucieuse, au travers des projets qu’elle finance, de valoriser le savoir faire français. C’est pourquoi nous travaillons ici en étroite collaboration avec la mission économique, qui d’ailleurs nous héberge actuellement. Le mandat qui nous a été confié correspond d’ailleurs dans de nombreux domaines au savoir-faire développé par des entreprises françaises. Les projets que nous contribuerons à financer seront aussi l’occasion pour de nombreuses entreprises de soumettre des offres aux différents opérateurs et maîtres d’ouvrages le moment venu.

Propos recueillis par Adrien Majourel (adrien.majourel@diplomatie.gouv.fr)

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Retrouvez le site de l’AFD à l’adresse suivante :
www.afd.fr

publié le 01/02/2010

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