Remise des palmes académiques à William Gonzalez Velasco

Le 22 octobre, Monsieur l’Ambassadeur de France Jean - Marc Laforêt a remis les palmes académiques au philosophe William Gonzalez Velasco.

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Discours de Monsieur l’Ambassadeur :

C’est avec un très vif plaisir que nous renouons aujourd’hui avec une pratique ô combien émouvante, en vous accueillant, vous, votre famille, vos proches.

Dans quelques instants, vous serez officiellement intégré dans celle que l’on surnomme la « Légion violette », l’un des rares ordres spécialisés. C’est un hommage symbolique de l’importance de l’école, de l’éducation, de la formation et de la recherche pour nous. Sous l’appellation élégante de « mérites » et « services » que consacre le décret de 1955 instituant l’Ordre des Palmes académiques, se dissimulent de fait une présence continue et dévouée, un investissement passionné, des initiatives altruistes. Mais si la pratique peut parfois paraitre désuète, ses valeurs sont nécessaires et impérieuses.

Originaire de Palmira, vous suiviez les pas de vos sœurs à Cali pour entamer, tout comme elles, des études supérieures à l’Universidad del Valle. Vous choisissez dans un premier temps les sciences de l’ingénieur, mais c’est finalement vers la philosophie que vous vous tournez. Ce choix existentiel est une épreuve aussi, car les débouchés professionnels sont, nous le savons, incertains. Néanmoins vous bénéficiez de l’appui de votre famille et ce choix est pour vous, quoi qu’il en soit, un appel, une vocation. Vous achevez votre licence avec les honneurs et, surtout, vous vous rapprochez de Jean-Paul Margot, franco-colombien cartésien reconnu en Amérique latine, qui vous a initié à la pensée de Michel Foucault et dont vous avez poursuivi le questionnement et les recherches en Colombie, puis en France où vous obtenez un doctorat.

À cette époque, la mobilité estudiantine n’était pas aussi développée qu’elle l’est aujourd’hui ; votre décision a été courageuse et, d’une certaine manière, votre aventure avec la France ressemble à une histoire d’amour. C’est la rencontre avec un pays, ses paysages et ses visages, ses façons d’être, sa langue et son histoire. La relation qui s’instaure est faite d’étonnements, d’enthousiasme, de vives inquiétudes, de désarroi, de nostalgie, d’espoirs chéris et inavoués. Votre intelligence vive et vos talents de divulgation vous vaudront tous les honneurs, à votre retour en Colombie. Cette capacité d’observation et d’analyse recevait déjà une écoute favorable à l’Université Paris 8, au sein du Département de Philosophie, et surtout du Professeur Jacques Poulain qui dirigea vos travaux de recherche doctorale sur les questions généalogiques et pragmatiques relatives à l’homme et à ses régimes institutionnels. L’excellence de vos travaux doctoraux est d’ailleurs rapidement couronnée par une publication chez L’Harmattan.
Si votre séjour parisien correspond à une prise de conscience, le retour en Colombie sera l’objet d’une réappropriation et d’une restitution de cette expérience. Vous retrouvez Cali, cette fois, comme Professeur au Département de Philosophie de Univalle. Vos étudiants sont votre priorité et vous avez pleine conscience des difficultés sociales auxquelles il leur faut faire face. Vous œuvrez pour une démocratisation des savoirs. En 1998, la crise institutionnelle et universitaire conduit à la création de Lunes de Debate que vous inaugurez avec l’appui du Professeur Luis Humberto Hernández, avec qui vous partagez la direction du Groupe de recherche Éthologie et Philosophie. Tous les lundis, hors de l’enceinte de l’Université, vous et quelques collègues du Département de Philosophie animez des débats philosophiques et répondez aux questions de ceux qui, sans être spécialisés, s’interrogent sur l’éthique, la politique ou encore l’esthétique. Ces cycles de conférences montrent, s’il en était besoin, que la philosophie n’est pas l’apanage des seuls doctes. Évidemment, l’école de la pensée française y occupe une large place : à la fois objet d’étude et méthode d’investigation pour poser un diagnostic sur les problèmes contemporains de la société colombienne. Heureux concours de circonstances ou jeu du destin, à la même époque, votre sœur ainée, Maritza, qui elle aussi avait poursuivi des études en France, décide de s’y installer, tandis que la cadette, Norma, épouse l’un de vos collègues français.

Mais revenons à vous, cher William. L’écho de votre valeur était parvenu au directeur de l’alliance française, Jean-Louis Pradier et à sa présidente, María Victoria De Cruz. Ils furent vos plus ardents supporters afin que vous soit allouée une bourse universitaire de l’Ambassade, et que vous puissiez ainsi poursuivre des études postdoctorales.
Ce séjour d’une année à Paris, de nouveau, vous permet de vous mettre à jour dans votre domaine de recherche, de nouer des liens avec le Professeur Boris Cyrulnik, spécialiste de l’éthologie clinique, et de commencer à formaliser des échanges interuniversitaires. C’est sans nul doute cette capacité de gestion qui vous conduit, de 2008 à 2012, à être le Vice-Doyen de la Recherche de la Facultad de Humanidades.
Vous êtes infatigable. Votre connaissance du terrain, comme évaluateur du ministère de l’Éducation colombien, vous décide à créer des sections francophones de philosophie et à encourager les mobilités et les échanges d’étudiants, ainsi qu’à proposer des doubles diplômes en partenariat avec les universités françaises.

La figure de l’intellectuel engagé n’est pas une exclusivité française ; elle traverse les océans et œuvre, ici, par votre entremise.
Nous vous en savons gré et c’est avec conviction et admiration, qu’ « Au nom de la République Française, nous vous faisons, Monsieur William González Velasco, Chevalier de l’Ordre des Palmes académiques »./.

publié le 25/10/2016

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