Prix franco - allemand des droits de l’Homme - Discours de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international

Discours de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, à l’occasion de la remise du prix franco-allemand des droits de l’Homme et de l’État de droit.

Chers Amis,

Je suis vraiment très heureux d’être ici aujourd’hui à Berlin pour la première remise du prix franco-allemand des droits de l’Homme et de l’État de droit. Es freut mich sehr, heute anlässlich der ersten Verleihung des Deutsch-Französischen Preises für Menschenrechte und Rechtsstaatlichkeit in Berlin zu sein.
Cette initiative, comme Frank-Walter vient de le rappeler, découle de deux engagements constants de nos diplomaties : l’action en faveur de la promotion et de la protection des droits de l’Homme et la priorité donnée à la coopération franco-allemande.

Sur le front des valeurs et des principes, la France et l’Allemagne ne sont jamais aussi fortes et respectées que lorsqu’elles sont en accord avec elles-mêmes, c’est-à-dire lorsqu’elles sont capables de promouvoir partout les droits de l’Homme et les libertés qui sont au cœur de nos modèles démocratiques. Lorsqu’elles le font ensemble, elles sont encore plus fortes dans la défense de cette noble cause qui est au cœur de notre action sur la scène internationale et de notre engagement en faveur d’un ordre mondial qui repose sur la paix et la justice.

Le prix que nous remettons aujourd’hui s’inspire d’initiatives prises il y a quelques années par certains de nos ambassadeurs. Ces ambassadeurs ont eu l’idée heureuse de décerner ensemble des prix, là où ils sont en poste, destinés à soutenir l’action de ceux et de celles qui, partout dans le monde, n’hésitent pas à prendre des risques pour eux-mêmes mais pour défendre des valeurs, des valeurs qui sont universelles. Ce sont des pionniers dont on parle, qui ont su, en Colombie, puis au Nicaragua, puis au Mexique, en Guinée, partout, soutenir le travail de plusieurs organisations non gouvernementales et de personnalités actives en matière de droits de l’Homme.

Aujourd’hui, avec Frank-Walter, nous avons décidé d’aller plus loin. Nous avons voulu, à travers l’attribution de ce prix, lui donner une dimension mondiale. Pourquoi cette idée ?

Parce que la diplomatie a besoin de ces actions de terrain qui, aux quatre coins du monde, sont entreprises par des citoyens tels que vous, Mesdames et Messieurs. Il nous appartient donc de les faire connaître, de les mettre en valeur, surtout de les soutenir. C’est pourquoi nous tenons à récompenser votre engagement, l’engagement de celles et de ceux qui mènent ce combat au quotidien, avec courage, avec abnégation. Et pour beaucoup, vous êtes une source d’espoir, par votre action sur le terrain. Vous portez haut les valeurs qui nous sont chères, jour après jour, dans des conditions souvent difficiles. Certains n’ont pas pu venir d’ailleurs pour recevoir ce prix et certains sont venus, parfois aussi, au péril de leur propre sécurité. Frank-Walter, comme moi, lorsque nous sommes en déplacement, nous rencontrons des personnes comme vous et nous savons que c’est difficile, y compris de nous rencontrer. Et en fait, vous êtes les représentants de ce combat essentiel pour faire progresser les droits de l’Homme.

Alors qu’une catastrophe est en cours à Alep, je viens rendre un hommage particulier aux casques blancs. Ils font partie de celles et ceux qui agissent pour défendre l’humanité dans une guerre totale où les civils sont les victimes d’une répression qui n’en finit pas de s’abattre de manière systématique et indiscriminée. La France et l’Allemagne ne renonceront pas à dénoncer ces crimes, à mobiliser la communauté internationale qui est trop souvent tentée de détourner le regard. Face aux massacres de civils, nous n’avons pas le droit de rester silencieux.

Mesdames et Messieurs les Lauréats,

Vous nous rappelez quelque chose de fondamental : les droits de l’Homme ne sont pas réservés à certains. Ils sont universels et indivisibles. J’ai pu constater, lors de mes nombreux déplacements, dont certains, comme l’a rappelé Frank-Walter, ensemble, que nous sommes confrontés à un double défi. Ce défi, c’est celui de la persistance de graves violations des droits de l’Homme, partout dans le monde. C’est aussi celui de la remise en cause de leur caractère universel par ceux qui les présentent comme des valeurs que l’Occident voudrait imposer au reste du monde. C’est aussi parfois - nous le savons bien par expérience - la paralysie des enceintes internationales qui sont censées veiller à la paix et à la sécurité. C’est le cas en ce moment au conseil de sécurité des Nations unies qui est d’ailleurs condamné en permanence, à chaque fois qu’on veut faire une proposition concrète pour venir en aide notamment aux populations qui sont sous les bombes, qui sont sous la menace du véto et en l’occurrence du véto russe. Vous savez que la France a pris l’initiative avec d’autres pays pour que l’usage du véto au conseil de sécurité soit encadré, en cas d’atrocités de masse. Cette proposition avance à petits pas, mais elle doit continuer d’avancer, parce que, plus que jamais, cette initiative est pertinente et elle est soutenue par un nombre croissant de pays.

Il n’est pas un être humain, où qu’il vive, qui mérite d’être torturé. Il n’est pas un pays dans lequel il est tolérable d’être persécuté pour ses opinions. Les atteintes aux droits de l’Homme se multiplient pourtant dans de nombreux pays, sur tous les continents, y compris dans des pays qui se réclament de la démocratie. Les arrestations de journalistes ou d’avocats, pas plus que les entraves au bon fonctionnement des organisations non-gouvernementales, ne sont acceptables. Il appartient à chaque État de respecter les engagements auxquels il a librement souscrit.

Pour toutes ces raisons, la France et l’Allemagne continueront d’agir partout pour les droits de l’Homme, et d’abord dans nos propres pays, en premier lieu, pour être le plus exemplaire possible. Dans les autres pays, nous le faisons par le dialogue avec les autorités, mais aussi par la réaffirmation sans concession de tous les droits et de tous les principes dans les enceintes internationales, et par des actions concrètes de soutien aux projets des ONG. Malgré les obstacles, mesdames et messieurs, nous n’avons pas le droit de renoncer. Jean Jaurès, un grand homme politique français, tombé sous les balles d’un extrémiste en 1914, à la veille de la déclaration de cette terrible Première guerre mondiale, s’était adressé dans un célèbre discours à la jeunesse. Et il avait dit alors : « le courage, c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve même une récompense ». Ces mots de Jean Jau rès s’appliquent parfaitement à vous, mesdames et messieurs, chers lauréats. Vous n’avez jamais cherché une rétribution. Vous vous êtes tout simplement engagés parce que vous croyez à ces valeurs, mais aujourd’hui, c’est vous qui êtes honorés.
Je suis heureux et fier que nos deux pays puissent reconnaître et distinguer vos actions à la fois courageuses et désintéressées.

Ich freue mich, und bin stolz darauf, dass unsere beiden Länder Ihre sowohl mutigen als auch selbstlosen Taten anerkennen und würdigen können.

Danke./.

publié le 05/12/2016

haut de la page