Michel Wiervorka de passage en Colombie

« La Colombie est un pays qui devrait être plus présent dans les réflexions globales sur un certain nombre de grands problèmes en matière de sciences sociales, de philosophie politique ou de sciences politiques »

Michel Wievorka, l’un des sociologues contemporains les plus importants, était en Colombie du 17 au 19 septembre 2012. À l’occasion de sa visite et en hommage à son œuvre et ses recherches, l’Ambassade de France, en collaboration avec les Universités des Andes, Externado, Javeriana, Nationale et l’Alliance Française, avait organisé plusieurs conférences.

Michel Wieviorka, docteur d’État ès Lettres et Sciences Humaines, directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), auteur de plus de 45 publications, est l’un des sociologues contemporains les plus importants. Ses recherches se centrent sur les notions de conflit, terrorisme, violence, racisme, antisémitisme, mouvements sociaux, démocratie et différences culturelles.

Michel Wievorka s’est entretenu avec ses confrères colombiens sur l’état actuel des sciences sociales, ce que lui appelle les « mutations », les nouveaux paradigmes. Il a remarqué l’intérêt de ses pairs colombiens de voir le chercheur venu d’ailleurs répondre aux questions qu’eux-mêmes se posent sur leur pays. La conjoncture pesant, Michel Wievorka a été sollicité sur l’analyse des problèmes de violence et sur le processus de paix en cours.

- Pour comprendre la violence il ne faut pas introduire d’explication unique mais l’analyser dans sa diversité et. Dans certains cas la violence va être employée comme une ressource : la violence est par exemple utilisée pour s’enrichir, comme c’est le cas lors d’un vol à l’arrachée. Dans d’autres cas, la violence va témoigner d’une impuissance, d’un désir insatisfait de pouvoir faire autrement : une personne vit en banlieue, il est « ghettoïsé », il a envie de construire son existence, de participer à la vie moderne mais ça lui est interdit ou impossible en raison du racisme, de la discrimination sociale, de l’exclusion… Enfin il y a d’autres analyses de la violence qui insistent sur les conditions d’existence c’est-à-dire sur les situations qui favorisent la violence : que ce soient par la culture ou l’éducation, mais aussi les situations où l’Etat n’est pas présent, où les partis politiques sont impuissants etc.

- Les négociations de paix qui sont attendues en Colombie semblent « indispensables » à Michel Wievorka. La réussite du processus de paix entrainerait néanmoins des transformations et des débats tous azimuts sur le futur des guérilleros et sympathisants, la justice à mettre en place pour les victimes, la resocialisation des gens sur place et des déplacés, l’aide locale à la reconstruction pacifique... En bref, c’est la reconstruction d’une vie sociale dont il s’agit, ce qui va prendre du temps et sera difficile. C’est pourquoi il faut qu’il y ait cet accord mais cet accord ne réglera pas tout.

- Enfin, au terme de ses conférences et entretiens, le sociologue a été frappé par la grande absence de l’Amérique Latine dans les débats mondiaux en sciences sociales. Notamment sur le thème du multiculturalisme qui l’a intéressé lors de sa visite en Colombie. Voilà un pays qui une Constitution plutôt multiculturaliste, dont les textes officiels prévoient un multiculturalisme réel et qui pourtant n’apparaît jamais dans les grandes discussions mondiales largement dominées par les anglo-saxons (Etats-Unis, Canada, Australie, Angleterre) les Pays-Bas et la France. La Colombie est un pays qui devrait être plus présent dans les réflexions globales sur un certain nombre de grands problèmes en matière de sciences sociales, de philosophie politique ou de sciences politiques.

Lire l’article de M.Wiervorka posté sur son blog de Rue 89 " En Colombie, négocier pour construire "
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publié le 02/10/2012

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