- M. Jean-Paul Monchau, Ambassadeur chargé de l’Adoption Internationale

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M. Jean-Paul Monchau, Ambassadeur chargé de l’Adoption Internationale était présent à Bogota à l’occasion du Congrès de l’Adoption Internationale organisé par l’Institut du Bien-être Familial (ICBF) les 24 et 25 mai 2010. Pour Fresco, il a accepté de revenir sur l’importance de la Colombie pour la France en matière d’adoption et sur le sérieux avec lequel les colombiens traitent le thème de la protection de l’enfance. Une occasion d’évoquer également les perspectives de l’adoption internationale et les importants enjeux qui la caractérisent.

Pouvez-vous nous expliquer votre parcours ? Comment avez-vous été nommé Ambassadeur pour l’Adoption Internationale ?

Tout d’abord, je n’avais aucun lien à titre personnel avec l’adoption internationale ou l’adoption tout simplement. Je suis diplomate de carrière. J’ai commencé ce superbe métier il y a fort longtemps, j’ai gravi les échelons, j’ai été Consul général à Atlanta, puis Ambassadeur en Zambie, au Malawi et au Costa Rica.

En mars 2008, M. Jean Marie Colombani, ancien directeur du « Monde » a remis au Président de la République un rapport sur l’adoption qui fait date car c’est probablement le document le plus complet existant sur ce thème. Alors que le Secrétaire d’Etat à la famille devait mener à bien la réforme de l’adoption en France, le Quai d’Orsay se voyait quant à lui confier la réforme de l’adoption internationale. L’idée de nommer un Ambassadeur thématique afin de porter la réforme est apparue et, à mon retour à Paris, on m’a donc proposé de porter cette réforme en qualité d’Ambassadeur chargé de l’Adoption Internationale.

Il s’agissait notamment de créer un service de l’adoption internationale, ce qui a été fait dans un temps record puisqu’en avril 2009, après 6 mois de travail, j’ai pu faire signer le décret qui créait ce service. Depuis, j’ai constitué une équipe pluridisciplinaire de 23 personnes dans laquelle j’ai bien évidemment des diplomates mais également des magistrats et un médecin.

Quelles étaient les raisons de votre voyage en Colombie ?

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Première mission de M. Monchau en Colombie en septembre 2009

J’étais déjà venu en septembre 2009 à Bogota, Cali et Medellin afin de m’informer aussi complètement que possible du système colombien d’adoption.

Cette fois-ci, je suis venu pour assister au Congrès International sur les Adoptions organisé par les autorités colombiennes. Au vu des liens qui unissent la France et la Colombie sur ce thème, notre présence me paraissait importante.

Lors de ce congrès, j’étais accompagné par l’Agence Française de l’Adoption (AFA) et plusieurs Organismes Agréés pour l’Adoption (OAA). En effet, même si mon service contrôle et oriente, nous ne faisons pas d’adoptions. Celles-ci sont préparées par des organismes intermédiaires agréés. En France, nous disposons d’un organisme public, l’AFA et, pour la Colombie, de 7 organismes privés.

Ces organismes privés sont-ils des Organisations Non Gouvernementales ?

Ce sont des associations. Certaines sont connues comme Médecins du Monde mais il y a aussi des petites associations comme Arc en Ciel qui a été créée par des personnes qui ont elles-mêmes adopté, qui se sont passionnées pour ce thème et qui ont voulu faire profiter de leur expérience à d’autres Français.

Dans quelle mesure contrôlez-vous ces associations ?

Chaque année elles doivent nous rendre des comptes, nous détailler leurs activités, les tarifs qu’elles pratiquent, le nombre d’adoptions réalisées ou encore les problèmes qu’elles ont pu rencontrer. En échange, un certain nombre d’entre elles perçoivent des subventions de notre part.

Quoi qu’il en soit, nous disposons d’un moyen de contrôle assez puissant car si l’un de ces organismes commet des erreurs, notamment en matière d’éthique, nous sommes en mesure de lui retirer son agrément.
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Qu’en est-il de l’AFA ?

L’AFA est un organisme public fonctionnant uniquement sur crédits de l’Etat et doté de personnels mis à disposition par les conseils généraux dans chaque département de France. La caractéristique de l’AFA c’est qu’elle travaille dans le cadre du droit public de l’adoption et qu’elle accepte donc tous les dossiers a partir du moment où les personnes ont obtenu l’agrément pour adopter.

Les OAA quant à elles sélectionnent leurs dossiers sur des critères qui leur sont propres. Évidemment, ces critères ne doivent pas être contraires à l’ordre public. Par exemple, certains OAA n’acceptent pas les célibataires ou ne prennent pas de personnes de plus de 50 ans.

Comment définiriez-vous la politique de la Colombie en matière d’adoption internationale ?

Comme j’avais pu m’en rendre compte en septembre dernier, la Colombie est un modèle d’application de la convention de La Haye de 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale. En effet, l’adoption internationale est ici envisagée comme une vraie mesure de protection de l’enfance avec l’idée que chaque enfant a droit a une famille.

Celui-ci est proposé à l’adoption internationale seulement si aucune solution d’adoption nationale par des Colombiens n’a été trouvée. Les dossiers sont traités de manière très rigoureuse, ils sont clairs et transparents. Certains aspects comme la santé des enfants adoptables et des parents adoptifs sont pour eux extrêmement importants car les colombiens souhaitent s’assurer que ces enfants ne rencontreront pas d’autres problèmes, après des traumatismes qu’ils ont déjà pu connaître durant leur jeune existence. A ce titre, l’Instituto Colombiano de Bienestar Familial (ICBF) fait un travail remarquable.
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M. Monchau lors du IIème Congrès de l’Adoption Internationale organisé par l’ICBF 25/05/10© Juan Gabriel Muñoz


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Quels sont les projets que vous avez développés en Colombie ?

L’année dernière, les Colombiens nous ont proposé plusieurs projets dont celui de soutenir leurs efforts en matière de stimulation des jeunes enfants dans des zones défavorisées par l’installation de bibliothèques, appelées pour l’occasion «  bébétecas ». Ce projet nous a séduits et nous avons donc décidé d’en financer une dizaine avec les crédits du service de l’adoption internationale. M. l’Ambassadeur Jean Michel Marlaud en a d’ailleurs récemment inauguré une à Paipa (Boyaca) .

Un autre projet, également très cher au cœur des dirigeants de l’ICBF, s’intitule « Vacaciones de verano » et consiste à envoyer des enfants qui ont entre 8 et 14 ans en vacances dans un pays étranger pour ensuite les proposer à l’adoption. C’est un projet délicat d’un point de vue éthique car si ces enfants, qui sont grands et donc difficilement adoptables par des Colombiens, sont par la suite refusés, nous sommes en droit de nous demander si cela ne crée pas un traumatisme supplémentaire. Les Colombiens nous disent qu’ils les préparent très activement à la situation qui sera la leur. Les Américains et les Allemands l’ont déjà fait et cela semble porter ses fruits puisqu’à l’issue de ces vacances, 8 enfants sur 10 sont adoptés.

En France, c’est sensiblement différent car les Français qui souhaitent adopter ne sont souvent pas préparés à adopter un enfant aussi grand. Par ailleurs, il faudrait également trouver un partenaire, en l’occurrence un conseil général.

Mais je ne suis pas contre l’étude d’une telle initiative, bien au contraire. Je ne peux néanmoins pas être porteur de ce projet car il faudrait que ce soit fait à travers un OAA ou l’AFA et un département. Si quelque chose se fait ce sera donc à une toute petite échelle et à titre expérimental.
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Inauguration d’une "bébéteca" à Paipa - 03/10


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La Colombie est-elle un pays très sollicité par les Français en matière d’adoption ?

Oui. La Colombie est le cinquième pays par le nombre d’enfants adoptés en France. L’an dernier nous avons enregistré 240 adoptions et 305 l’année d’avant. Même si, comme partout dans le monde, l’adoption est en baisse en Colombie, nous nous situons parmi les tout premiers pays avec les Italiens et les Américains.

Quels sont les pays où les Français adoptent le plus ?

Haiti, l’Ethiopie, la Russie, le Vietnam, puis la Colombie. C’est par conséquent un pays important pour nous et encore une fois, au-delà du nombre, les mécanismes d’adoption sont ici de qualité.

Paradoxalement, il semblerait qu’il y ait de moins en moins d’enfants à adopter. Quelles sont les perspectives en matière d’adoption ?

Tout d’abord, effectivement l’adoption internationale diminue et c’est une bonne nouvelle pour l’humanité. Elle diminue car certains pays émergents, autrefois des grands pays d’adoption comme le Bresil, le Vietnam ou la Corée sont devenus des « tigres économiques » et ils peuvent désormais développer des politiques sociales et familiales permettant d’éviter l’abandon des enfants. Mécaniquement donc, le nombre d’enfants adoptables diminue.

D’autres phénomènes peuvent également expliquer cette diminution. 82 pays ont désormais ratifié la convention de La Haye s’engageant à mettre en place des contrôles supplémentaires sur l’origine des enfants, sur les processus d’adoption, créant ainsi une contraction du nombre d’enfants adoptables et adoptés.

La perspective générale est donc effectivement que l’adoption internationale diminue. Parallèlement, le nombre de personnes potentiellement adoptantes est plutôt en train d’augmenter.
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L’adoption internationale est -elle véritablement une fin en soi en matière de protection de l’enfance ?

Non, c’est subsidiaire. Notre budget de coopération est principalement consacré à des opérations de protection de l’enfance car je pense que la parole de la France et son activité dans ce domaine ne peuvent être crédibles que si elle soutient les efforts de pays amis dans ce domaine. Nous avons par exemple lancé des programmes au Cambodge, en Éthiopie, au Vietnam et au Guatemala.

Par ailleurs, nous consacrons également des moyens au renforcement des autorités en matière de protection de l’enfance et d’adoption. Nous soutenons par exemple les efforts du Togo, qui vient de ratifier la convention de La Haye, à travers la formation de magistrats, de travailleurs sociaux pour expliquer la convention, pour donner des pistes sur ce qui peut être fait pour éviter l’abandon d’un enfant…

Evidemment, ce n’est pas vraiment l’objectif des adoptants français mais en même temps, nous devons travailler sur les fondamentaux pour faire en sorte que si un enfant est adopté, c’est qu’il n’y avait pas d’autre solution. Cette approche éthique est très importante.

Certains drames, comme le séisme en Haïti, mettent en lumière d’éventuelles dérives liées à l’adoption…

Certainement. Bien évidemment, nous avions déjà une réflexion en cours sur Haïti. J’y étais allé en janvier 2009, puis en décembre 2009. Je crois qu’en matière d’adoption aussi, ce séisme doit servir à quelque chose. Il faut en profiter pour changer les pratiques sur place. Apparemment les Haïtiens l’ont compris car ils sont en train de voter un nouveau projet de loi qui, dans un premier temps, nous conviendrait. C’est d’abord l’intérêt supérieur de l’enfant qu’il faut protéger, son droit à une famille.

Un autre drame se déroule en Haïti. De nombreuses familles en cours d’adoption sont complètement déboussolées par ce qui s’est passé. Alors qu’elles étaient déjà dans un effort en direction de l’adoption depuis plusieurs mois voire plusieurs années, elles ont appris d’un seul coup que l’enfant qu’on leur avait proposé était peut-être sous les gravats. C’est quelque chose qui a beaucoup mobilisé mon équipe et moi-même et qui continue de nous mobiliser.

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Mission en Haïti de M. Monchau - Février 2010


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Liens utiles :

- Agence Française de l’Adoption :
http://www.agence-adoption.fr/home/

- Médecins du Monde :
http://www.medecinsdumonde.org/fr/Outils/Nous-contacter/Adoption

- Arc en ciel :
http://www.arcenciel-adoption.fr/

- ICBF :
http://www.icbf.gov.co/Nuestros_programas/adopciones.html

Propos recueillis par Adrien Majourel (adrien.majourel@diplomatie.gouv.fr)

publié le 02/06/2010

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