"La Colombie (…) en ces temps incertains prend des allures d’Eldorado."

"La Colombie (…) en ces temps incertains prend des allures d’Eldorado."

JPEG Ce mois-ci, Fresco rencontre Pierre Sentenac, nouveau Conseiller Economique et Commercial de l’ambassade de France en Colombie.

1. Quel parcours vous a conduit à assumer les fonctions de Conseiller économique et commercial en Colombie ?

Mon parcours a été d’abord européen : j´ai fait des études franco-allemandes sanctionnées par un double-diplôme, celui de l’école supérieure de commerce de Reims d’un côté, et un master allemand en sciences économiques de l’autre. Ces études ainsi qu’un fort engagement humanitaire, m’ont permis de vivre sur le terrain certains grands bouleversements de l’Europe de l’est (chute du mur de Berlin puis de la RDA, la Roumanie après Ceausescu, délitement de la Yougoslavie, etc) et d’observer de près ces changements de systèmes tant doctrinaux qu’économiques.
Après un travail récréatif pendant quelques mois en Andalousie pour une bodega de Jerez, ma formation m’a naturellement amené à travailler dans les services économiques français de l’ambassade de France en Allemagne. J’ai ensuite servi en Serbie, en charge des problématiques de réinsertion économique de ce nouveau pays après les accords de Dayton puis je suis parti en Italie.
En 2002, j’ai quitté l’Europe pour travailler à Bangkok sur les projets d’infrastructures ( BTP, transports, environnement) de la Thaïlande et du Laos, élargis à l’Asie émergente pour les questions environnementales.
En 2007, j’ai rejoint le Ministère de l’économie à Paris, d’abord pour analyser les soutiens publics à l’internationalisation des entreprises puis pour proposer une refonte du dispositif étatique. Ce qui s’est concrétisé dès 2009 par la dévolution des activités commerciales à notre agence Ubifrance.

2. Quelles raisons vous ont poussé à venir en Colombie ?

La Colombie est un pays qui dispose de nombreux atouts et vit actuellement, après une période difficile, un rattrapage économique rapide. Sa croissance est forte et solide se situe au dessus de la moyenne de l’Amérique latine. Ce pays fait partie, après les BRIC des nouvelles économies émergentes à fort potentiel, des CIVETS.

3. Selon vous, quelles sont les perspectives de la Colombie en matière économique ?

Les résultats de la Colombie ont été impressionnants en matière de sécurité démocratique, ce qui était essentiel pour son redécollage économique. Le chemin parcouru, malgré encore certains points d’ombre, doit être souligné.
Les nouvelles perspectives de la Colombie sont de devenir rapidement la 3eme économie de l’Amérique latine. Les deux nouveaux challenges à relever sont l’amélioration des infrastructures de transport et une meilleure répartition de la prospérité, en particulier envers la partie de la population qui est encore dans la pauvreté et l’indigence. Ceci permettra à la Colombie de disposer d’un véritable marché interne de 47 millions de consommateurs.
Enfin, la Colombie dispose de cartes maitresses pour croitre rapidement dans l’économie mondiale comme sa double façade maritime, ses nombreuses matières premières, son tissu industriel, la qualité de sa main d’œuvre et sa politique libérale offensive de développements de nouveaux marchés par le biais de traités de libre échange.

4. Quelle est la place de la France dans l’économie colombienne ?

La France bénéficie d´une façon générale d´un capital de sympathie important auprès des colombiens. La densité des liens économiques n’est plus à démontrer. Certaines de nos entreprises qui sont restées, y compris durant les années difficiles, récoltent actuellement les dividendes de leur engagement auprès des colombiens.

La présence économique française est forte et diversifiée : les investissements français ne se résument pas à nos grandes chaines de distribution, même si elles sont les plus visibles. Il est important de mentionner la présence de nombreux groupes industriels tant dans l’automobile, l’électroménager, les équipements électriques ou la pharmacie qui disposent de productions locales importantes, parfois depuis des décennies. Ce développement de capacités de production locales va souvent de paire avec un apport technologique fort basé sur l’innovation.

5. Quels sont vos projets dans cette nouvelle fonction ?

Mon objectif est d’accompagner le développement de la Colombie en matière économique et de renforcer le cadre de nos échanges et notre coopération. Suite à la visite du Président Santos début 2011, une dynamique bilatérale forte s’est enclenchée et de nombreux accords bilatéraux (accord de non double imposition, coopération dans les infrastructures routières, etc) ont vocation à se concrétiser rapidement sans oublier l’accord de libre échange entre la Colombie et l’Union Européenne.
Le secteur des grands projets est un domaine qui présente de nombreuses opportunités, en particulier dans les transports, domaine où la Colombie souhaite fortement améliorer ses infrastructures et où la France dispose d’un savoir-faire de premier ordre que ce soit dans le transport aérien, urbain, routier ou ferroviaire. Il en est de même dans d’autres secteurs comme l’agriculture et la filière agro-alimentaire ainsi que dans le domaine environnemental (en particulier la gestion des risques) et énergétique.

Enfin, il est à signaler que la Colombie, compte tenu de ses bonnes perspectives, revient en force sur les radars économiques de nos entreprises et mon rôle est de les accompagner à prendre pied sur ce nouveau marché très dynamique, qui, en ces temps incertains, prend des allures d’Eldorado.

publié le 30/11/2011

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