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- "L’humour est le meilleur détonateur de la réflexion."

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Michel Kichka, dessinateur et auteur de bandes dessinées israélien d’origine belge est né à Liège en 1954. Fils d’un survivant de l’Holocauste, marqué par les grands noms de la Bande Dessinée, Hergé, Morris ou Uderzo, il se lance dans l’illustration politique au début des années 1990 et dessine depuis pour la presse israélienne et internationale (Ha’aretz, Courrier International, La Dépêche du Midi, L’Humanité…) ainsi que pour la télévision (Channel Two, TV5…).

Membre actif de « Dessins pour la paix », ses dessins traitent avec humour et subtilité de sujets souvent graves et complexes.

Présent au Forum des caricaturistes pour la paix et la liberté d’opinion organisé par l’Alliance française en février Michel Kichka a accepté de revenir sur sa vision de la caricature, de la liberté d’expression et de l’importance du dessin de presse aussi bien en Israël qu’en Colombie.
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Michel Kichka et Plantu à l’occasion du forum des caricaturistes pour la paix et la liberté d’expression - Bogota février 2010

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Comment définiriez-vous un bon dessin ?

D’abord, bien sûr, c’est un dessin avec lequel on est absolument entier, que l’on fait en y croyant et dans lequel on s’est donné.
Vous savez le dessin de presse est sûrement l’un des métiers du dessin dans lequel l’artiste s’expose le plus. Nous sommes nus devant nos lecteurs, nous vivons nos opinions sans nous cacher. De ce fait, un bon dessin est un dessin qui a généré des réactions et qui a fait réfléchir. Mais c’est aussi un dessin qui a fait rire ou sourire car il me semble que l’humour est le meilleur détonateur de la réflexion.

Est-ce qu’il y a toujours de l’humour dans vos dessins ?

Non pas toujours. Je ne pense pas qu’un dessin de presse doive toujours faire rire, il peut faire grincer. Et puis il y a des moments très forts et dramatiques dans lesquels on souhaite simplement rendre un hommage ou compatir.
Mais si en plus de cela nous parvenons à faire rire ou sourire, c’est génial.
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Comment arrivez-vous à rendre compte de la réalité complexe d’Israël en quelques coups de crayons ?

Je le fais sans y réfléchir. Tout d’abord, je crois à la paix. Ensuite, je pense qu’il y a une responsabilité partagée dans le fait que le conflit ne soit pas encore réglé. Enfin, je pense qu’Israël et les palestiniens sont eux-mêmes dépendants d’un enjeu mondial. Je ne veux pas dire victimes car j’ai horreur de ce mot. C’est cela que j’essaie de montrer dans mes dessins.
J’ai la particularité d’être biculturel, je fais des dessins en hébreux pour un lectorat Israélien mais je les traduis souvent en anglais et en français. En réalité, je me rends bien compte que l’information sur Israël n’est pas toujours équitable et nuancée. Cela nourrit des imaginaires et ancre des stéréotypes. Cela peut même créer des réactions très violentes même si elles ne sont que verbales.

Par conséquent, à mon échelle, j’essaie d’informer. J’ai l’impression que quelque fois mes dessins sont un complément d’information pour mon lectorat européen.

Avez-vous été confronté à la censure ?

Non pas du tout.

L’autocensure ?

Ce sont deux questions absolument importantes.

La censure d’abord. J’ai beaucoup travaillé pour une chaine de télévision en direct. Par conséquent, aucun rédacteur ne voyait une esquisse. J’étais obligé de me lancer et ce que je faisais passait à l’antenne. Je n’ai donc jamais eu cette nécessité professionnelle de devoir soumettre une esquisse ou de dire une idée avant de la dessiner.

En revanche, en ce qui concerne l’autocensure, j’ai décidé il y a une semaine de ne plus appeler ce que je faisais de l’autocensure car j’estime que ce mot n’est pas suffisamment précis. Je pense qu’il convient plutôt de parler de « sens commun » basé sur le « bon goût » ou un certain « sens de la décence ». Mais pas d’« autocensure ». C’est trop fort.
Lorsqu’on évoque la censure, on pense à un dessin avec une grande paire de ciseaux qui coupe la langue de quelqu’un qui voudrait parler. Ce que je fais n’est pas aussi violent. Je me demande tout simplement comment mon dessin va être perçu. Je dispose d’un lectorat français, d’amis arabes, israéliens et la question est de savoir comment je peux jongler avec tout cela pour ne pas avoir l’impression de m’ « autocastrer ». Nous faisons quand même un métier d’expression d’opinions et il y a une mesure à trouver.
Tous les jours, c’est d’ailleurs la même question qui revient : quelle est la mesure aujourd’hui ? C’est cela qui fait tout l’intérêt de ce métier.
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Avec le recul, vous êtes-vous déjà dit que vous étiez allé trop loin avec un dessin ?

Cela a dû m’arriver une fois mais le dessin est quand même passé. Vous savez, on ne va jamais trop loin sans le savoir. On a conscience de chaque ligne que l’on dessine et lorsqu’on dépasse les limites c’est que l’on souhaite les dépasser. Si tous les jours on fait un dessin extrême c’est comme quelqu’un qui crierait tout le temps. Le jour où il a vraiment besoin de vous crier quelque chose, vous ne l’entendez plus. Je parle sur un ton normal et me réserve le cri pour une situation où j’en ai vraiment besoin. Dans ce cas là, même si j’ai des retours, s’il y a des gens avec qui j’ai des débats, eh bien c’est intéressant !

Voyez-vous le dessin comme une forme d’exutoire pour vous et vos lecteurs ?

Sûrement. Mais ce que vous dites est le résultat d’une analyse. Ce n’est pas une chose dont on a conscience lorsque l’on tient son crayon. Un peu moins expérimenté, je vous aurais répondu : "mais pas du tout !"
Aujourd’hui je me rends bien compte que c’est un exutoire surtout sur les sujets qui me touchent très profondément comme la menace nucléaire du Président Iranien, Ahmadinejad ou la négation de la Shoah. Ce sont des sujets qui me touchent de près contre lesquels je me bats mais toujours d’une façon très déjantée. Ahmadinejad est toujours comique chez moi, jamais démoniaque. Je ne le dessine jamais avec une croix gammée ou des dents de vampire, il est toujours en petit clown. Ce n’est pas pour cela que je ne le prends pas au sérieux. Mais si je le dessine sans arrêt de façon virulente, on ne verra plus mes dessins. C’est la même chose que si je criais tout le temps.

Au regard du concours de caricatures qu’a organisé Ahmadinejad et de la virulence de certains dessins palestiniens, la liberté d’expression totale vous parait-elle importante ?

Je pense que ce qui est important c’est de lutter contre l’ignorance. Pour qu’un jour il puisse y avoir une vraie réconciliation entre palestiniens et israéliens, il va falloir que les palestiniens apprennent l’histoire de la Shoah et par quel drame le peuple juif est passé pour mieux comprendre notre psychologie. De notre côté, il va falloir que nous fassions l’effort de mieux comprendre les revendications des palestiniens pour les satisfaire le mieux possible et arriver à une paix viable. Il y a un vrai travail à faire des deux côtés. Je n’ai jamais voulu démoniser qui que ce soit dans un dessin, qu’il soit un dirigeant arabe ou israélien. C’est trop facile.
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Sentez-vous des améliorations en matière d’éducation et de respect mutuel ? Avez-vous espoir ?

D’abord j’ai espoir. Je n’ai pas la capacité de vous dire si les choses vont dans le bon sens ou non. Vous savez il y a beaucoup de juifs qui viennent de pays arabes, ils connaissent l’arabe, leurs rites, et ils ont vécu en bonne entente à certaines périodes avec eux. Il y a eu l’âge d’or des juifs du Maroc, les plus proches conseillers du roi Hassan II étaient juifs, il y a tellement en commun. Nous sommes des peuples sémites avec une religion monothéiste dont l’origine est la même. Je me dis que nous avons tout à partager et à construire.

Comment voyez-vous le futur d’Israël ?

Il y a encore beaucoup d’obstacles. Ce n’est pas facile de s’entendre. Mais si vous saviez à quel point Israel est un petit pays… Dans lequel il y a tellement de problèmes mais aussi tellement d’espoirs. Le rêve de Shimon Peres d’un nouveau moyen orient, auquel je crois profondément, pourrait être un paradis terrestre. Il y a là bas un climat formidable, des ressources, une volonté de construire, une vraie intelligence, les israéliens ont quand même fertilisé le désert, ils sont à la pointe d’une technologie qu’ils n’appliquent pas que dans l’armement mais dans de nombreux secteurs. Il y a donc beaucoup de choses à faire ensemble.
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Etiez-vous déjà venu en Colombie ?

Non, c’est la première fois.

Cela correspond-il à l’image que vous en aviez avant de venir ?

Comme je ne connaissais pas la Colombie je n’en avais aucune image.
Après 35 ans passés en Israël, j’ai entendu parler de la Colombie une seule fois, pour la libération d’Ingrid Betancourt. Ce n’était pas la façon la plus enrichissante d’en entendre parler.
Comme le dit Plantu et je suis vraiment d’accord avec lui, nous venons pour apprendre. Et je vais d’émerveillements en émerveillements. Il y a une telle richesse, une telle culture et une telle complexité, c’est passionnant. Je suis d’ailleurs convaincu qu’avec tous ces voyages petit à petit, je serai un meilleur dessinateur. Pas d’un point de vue technique mais en substance. Pour moi cela compte beaucoup. Je pense qu’il faut mériter d’être à Dessins pour la paix. On ne peut pas y être en restant terré dans ses convictions et en refusant d’apprendre.
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Etes-vous étonné de voir une telle liberté de ton en Colombie de la part des caricaturistes ?

Non je ne suis pas étonné car pour vivre, les Colombiens ont le même processus mental que les Israéliens. C’est-à-dire qu’ils doivent faire comme si c’était la démocratie et essayer de mener une vie normale. C’est beau que cela se passe. Je ne suis pas surpris, je suis content et heureux de voir qu’on se comprend très bien les Colombiens et moi.
Nous sommes deux pays complexes et nous avons des processus assez parallèles pour nous permettre de vivre dans cette complexité et garder l’espoir.

Propos recueillis par Adrien Majourel (adrien.majourel@diplomatie.gouv.fr)
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-  Retrouvez l’interview de Plantu :
http://www.ambafrance-co.org/spip.php?article2615

-  L’interview du dessinateur Tignous :
http://www.ambafrance-co.org/spip.php?article2637

-  Blog de Michel Kichka :
http://fr.kichka.com/

-  Site de "Dessins pour la paix" :
http://www.cartooningforpeace.org/

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