- Interview de M. L’ambassadeur, Pierre-Jean Vandoorne


Interview de Monsieur l’ambassadeur
Pierre-Jean Vandoorne
27 octobre 2010

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Quel parcours vous a amené à occuper les fonctions d’ambassadeur de France en Colombie ?

C’est un long parcours, très marqué par l’Amérique latine et les Amériques en général.
Après avoir débuté ma carrière au Pérou, j’ai servi en Argentine comme consul général puis en tant que premier conseiller de cette ambassade en Colombie de 1993 à 1995 et enfin comme ambassadeur au Venezuela de 2002 à 2006. En ce qui concerne les différentes fonctions que j’ai exercées à l’administration centrale du ministère, j’ai notamment été de 1989 à 1991 sous-directeur chargé de l’Amérique du Sud au sein de la direction des Amériques.
On peut dire que j’ai une sorte de vocation pour ce continent.

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Le Ministre de la Culture de l’époque, M. Jack Lang, à l’occasion de la visite du Président François Mitterrand en 1985

Comment expliquez-vous cette vocation ?

C’est d’abord un intérêt intellectuel qui remonte à l’époque où j’étais étudiant à Paris notamment en sciences politiques puis à l’école des hautes études en sciences sociales. J’avais fait un travail sur les contraintes du développement en Amérique latine dans le cadre d’un DEA en sciences sociales du développement.

En ce qui concerne la Colombie, j’y ai effectué ma première visite en 1985. Je faisais alors partie de la délégation qui accompagnait le président François Mitterrand en qualité de conseiller du ministre des affaires étrangères de l’époque. Par la suite, je suis revenu dans ce pays à plusieurs reprises et dans différentes circonstances.

Comment jugez-vous l’évolution de la situation en Colombie depuis que vous l’avez quittée en 1995 ?

Elle a évolué dans différents domaines. On ne peut nier le progrès réalisé sur le terrain de la pacification même s’il est relatif.

La Colombie est un paradoxe car malgré tous les maux qui l’affectent, malgré cette violence historique, ce pays m’a toujours paru vivre dans une sorte de déséquilibre où ses énergies créatrices l’emportaient sur ses énergies destructrices. Voilà tout l’intérêt de la Colombie.

Les colombiens regrettent souvent qu’à l’étranger, la seule image qui nous parvienne de leur pays soit celle de ces forces destructrices…

C’est vrai même si, heureusement, cette image un peu réductrice est contredite en France par le fait que nos entreprises n’ont jamais déserté. Il y a eu des moments difficiles depuis 15 ans mais elles ont toujours répondu présent et aujourd’hui elles affirment encore d’avantage leur présence.

L’installation de l’Agence Française de Développement (AFD) est à ce titre une décision qui me semble très importante. L’AFD est une banque de développement dotée d’une démarche extrêmement intéressante puisqu’elle ne finance que des projets responsables et solidaires, notamment respectueux de l’environnement. Présente dans seulement 2 autres pays d’Amérique latine, au Brésil et au Mexique, son choix de la Colombie est très intéressant car c’est aussi une marque de confiance et d’intérêt.

Il semble que le tourisme des français soit en constante augmentation, qu’en pensez-vous ?

Il est vrai que la Colombie a beaucoup à offrir. A mesure que le pays se pacifiera d’avantage, il pourra partager toutes ses richesses, sa biodiversité ou son patrimoine archéologique et historique. Une ville aussi belle que Carthagène ou Popayán reconstruite, sans parler du parc San Agustín, ou, il faut l’espérer à terme, la région amazonienne entre Leticia et Puerto Nariño ont un formidable potentiel touristique encore peu exploité.

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Quels conseils pouvez-vous donner aux touristes souhaitant se rendre en Colombie ?

Nous disposons d’une procédure sur le site « Conseils aux voyageurs » qui permet au touriste qui en prend connaissance et qui respecte ce mode d’emploi de venir découvrir toute la richesse du pays.

En tant qu’ambassadeur, quels seront vos principaux axes de travail ?

Je vais d’abord tenter de poursuivre l’action engagée par mon prédécesseur, Monsieur Jean-Michel Marlaud, qui a fait un excellent travail ici.

Conformément au vœu de mon gouvernement, je vais travailler à l’intensification du dialogue politique entre nos deux pays. Le fait que la Colombie ait rejoint le Conseil de Sécurité des Nations Unies en qualité de membre non permanent pour 2 ans constitue une occasion de dialogue très intéressante. Nous allons par ailleurs exercer à partir du mois prochain, et ce pour un an, la présidence du G20. Il y aura là aussi matière à concertation avec les autorités colombiennes.

J’ai également l’intention de m’investir sur le terrain de la coopération artistique, éducative, universitaire, scientifique et technique. Nous aurons en principe l’année prochaine des consultations bilatérales qui permettront de couvrir l’ensemble des champs de coopération possibles.

Le développement de notre présence économique et de nos échanges économiques sera le troisième axe de ma mission. Nous disposons encore d’une marge de progression et je crois que nous pouvons accompagner le développement économique de ce pays qui dispose d’une croissance économique non négligeable, de 4 ou 5%.

Enfin, en tant qu’ambassadeur de France, j’ai aussi pour vocation, bien entendu dans le respect de certaines règles de non ingérence dans les affaires intérieures de ce pays, à entretenir le dialogue avec la société civile dans toutes ses composantes.

Quel regard portez-vous sur les échanges culturels entre nos deux pays ?

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Dans quelques jours, la littérature colombienne contemporaine sera à l’honneur dans toute la France au travers de la manifestation littéraire « Les Belles Etrangères ». 12 écrivains colombiens représentatifs de la nouvelle génération vont voyager sur l’ensemble du territoire national et participeront à plus de 30 manifestations et rencontres ! Voilà un hommage mérité à une littérature extrêmement riche et féconde.

Le développement des relations entre nos deux pays dans le champ culturel au sens large traduit également cette vitalité. La Colombie est le pays d’Amérique latine qui après le Brésil envoie le plus grand nombre d’étudiants en France. D’importants progrès ont été réalisés dans le domaine de l’éducation supérieure, dans l’apprentissage du français à travers nos établissements scolaires et les Alliances françaises.

Le meilleur symbole de cette réussite est probablement l’inauguration récente du nouveau siège de l’Alliance française à Bogota. Ce bel édifice, moderne et original, est une manifestation de confiance de la part de ceux qui ont la responsabilité de l’Alliance, son délégué général et sa Présidente en Colombie mais aussi de la part du Ministère des Affaires Etrangères et du gouvernement français qui ont accompagné ce projet.

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Visite de l’Alliance par les Sénateurs du groupe d’amitié France-Pays Andins en septembre 2010


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D’un point de vue politique, vers quelles nouvelles directions pensez-vous que les relations bilatérales vont évoluer ?

Je crois qu’elles s’intensifient. Nous recevrons dans quelques jours la visite de la Ministre des Affaires Etrangères, Madame Maria Angela Holguin. C’est un moment important. J’espère que nous recevrons également bientôt la visite du Chef d’Etat Monsieur Santos.

Le 5 novembre sera organisé une journée consacrée à la Colombie au siège d’Ubifrance l’établissement public chargé de la promotion des échanges économiques et commerciaux entre la France et ses pays partenaires. Le Ministre du Commerce et le Président d’Andi (Asociación Nacional de Empresarios de Colombia) devraient y participer.

Côté français, des visites ministérielles ou présidentielles sont-elles à prévoir en Colombie ?

La dernière visite ministérielle était celle de M. Lellouche, Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères qui était présent pour l’investiture du président M. Santos. Il est évident que ces relations vont naturellement donner lieu à des échanges de visites. Un certain nombre de parlementaires ainsi que des Sénateurs sont venus récemment, il existe des groupes d’amitiés entre nos deux pays à l’Assemblée nationale et au Sénat, on peut donc effectivement imaginer de nouvelles visites à ce niveau.

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Le Président de la République, M. Nicolas Sarkozy, a reçu jeudi 8 juillet 2010 au Palais de l’Elysée, M. Juan Manuel SANTOS, Président élu de la République de Colombie.


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Quelle est la position de la France vis-à-vis des otages colombiens ?

Nous appelons bien entendu de nos vœux la libération de tous les otages et condamnons les enlèvements de la manière la plus claire.
Sur ce sujet, un évènement récent est très important : le congrès colombien vient d’approuver l’adhésion de la Colombie à la convention des Nations Unies sur les disparitions forcées de personnes. En France, cette question des disparitions forcées de personnes a suscité un combat que nous menons depuis 1978 et qui est notamment devenu l’un des thèmes importants de la Commission des droits de l’homme.

En approuvant par la voie parlementaire l’adoption de cette convention, la ratification de la Colombie permettra son entrée en vigueur. C’est très important à nos yeux et je crois que c’est aussi très important pour la Colombie.

Grèves, manifestations, affaires d’état, crise économique, expulsions de Roms, l’image de la France à l’étranger semble se dégrader. Quel est votre sentiment ?

Je ne sais pas si l’image de notre pays se dégrade à l’étranger. A chaque fois qu’il y a des grèves et des manifestations sociales en France, cela fait la une de la presse internationale parce que nous avons une certaine tradition très démonstrative et que les médias sont friands de ce genre d’images.

Le progrès social en France s’est souvent fait à partir de situations conflictuelles. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas un dialogue social permanent entre l’Etat, les entreprises et les syndicats mais d’un point de vue historique, la révolution, la commune de Paris, le Front populaire ou encore les évènements de Mai 68 montrent que chez nous les progrès s’obtiennent souvent de manière un peu convulsive. Comme pour la tectonique des plaques, les avancées sont permanentes mais il y a régulièrement des craquements plus violents.

Cependant, ce n’est pas parce qu’un véhicule brûle à Paris que la France toute entière se consume. Je crois que ceux qui connaissent bien notre histoire et qui se rendent régulièrement en France comprennent peut-être plus aisément ce qu’il s’y passe.

Ces personnes qui connaissent bien notre histoire ont plus de mal à comprendre certaines décisions comme les expulsions de Roms ?

On peut comprendre l’émotion de certains face à des décisions ou des mesures qui ont été interprétées. Je crois que ce qui s’est passé cet été et qui, objectivement, est né d’une situation qui n’est pas satisfaisante, traduit la difficulté que certaines communautés, notamment ces groupes venus d’Europe Centrale, éprouvent à s’intégrer. Cela a pu choquer certaines sensibilités, je le conçois parfaitement mais je ne pense pas que cela remette en cause la tradition d’asile et d’accueil de la France. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen figure toujours au frontispice de notre constitution tout comme la tradition française de l’asile.

Les réponses que nous avons apportées à une situation très particulière et très ponctuelle ont pu parfois paraitre maladroites dans leur exécution mais elles ne doivent pas faire oublier que nous aidons également à la réinsertion de ces communautés dans leur pays d’origine. Nous avons notamment à Bucarest, une mission de l’Office français de l’immigration qui aide à la réinsertion des familles appartenant à cette minorité dans leur pays.
Il ne faut pas oublier que la France a été le meilleur avocat de l’intégration des deux pays principalement concernés dans l’Union Européenne.

Un message à passer à l’occasion de votre arrivée ?

Je suis heureux de saluer une communauté française que je connaissais déjà un peu pour avoir fréquenté la Colombie depuis 25 ans. Je suis heureux de retrouver ici un certain nombre d’amis, certains ont quelques cheveux blancs, quelques rides de plus comme moi ; il est particulièrement agréable de revenir dans ce pays que j’avais quitté il y a 15 ans avec un peu de nostalgie et que je retrouve dans un contexte qui a quand même changé.

publié le 05/11/2010

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