- Entretien avec Antoine Sebire, Attaché Audiovisuel pour les Pays Andins

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Antoine Sebire a pris ses fonctions au sein de l’Ambassade de France en Colombie il y a 6 mois pour succéder à Annouchka de Andrade. Sa mission : Promouvoir le secteur audiovisuel français et mettre en place des actions de coopération dans la région andine.

Fresco en a profité pour lui demander de nous livrer ses premières impressions.

Quel parcours vous a conduit à assumer les fonctions d’Attaché Audiovisuel pour les Pays Andins ?}

J’ai connu diverses expériences dans les domaines du cinéma et de la musique : festivals (Rio Loco à Toulouse, Sonar à Barcelone,…), au Bureau Export de la musique française à l’ambassade de France à Mexico, quelques productions cinématographiques,… J’ai aussi animé pendant plusieurs années une émission de radio vouée au cinéma et à la musique.

De 2005 à 2010, je travaillais à l’ambassade de France à Washington en tant que directeur audiovisuel du centre culturel. Dans ce cadre j’ai assumé la mission de promouvoir le cinéma français dans la circonscription consulaire de Washington – une région qui s’étend de la Pennsylvanie à la Virginie.

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"Sumas y Restas" - Victor Gaviria - 2005

Quelles raisons vous ont poussé à choisir la Colombie ? Quelle connaissance du pays aviez-vous en matière de cinéma et d’arts audiovisuels ?}

Mes réponses à ces deux questions se rejoignent. J’ai toujours été fasciné par l’Amérique Latine, et bien que je n’eus jamais posé les pieds en Colombie, je connaissais ce pays à travers son cinéma – les films de Victor Gaviria, de Luis Ospina ou plus récemment de Ciro Guerra - et de sa musique – j’écoute de la cumbia depuis très longtemps.

En outre, les amis colombiens que je me suis fait en Espagne et aux Etats-Unis ont su promouvoir efficacement leur pays.

Quel regard portez-vous sur le cinéma colombien ?}

La Loi sur le cinéma votée en 2003 a provoqué une explosion de la production, dont la qualité s’améliore de façon spectaculaire d’année en année.

Je savais que le cinéma colombien était traversé par une puissante dynamique, mais je ne m’attendais pas à une telle effervescence. J’ai été surpris de découvrir cette génération de producteurs, de réalisateurs, de scénaristes qui n’ont pas 40 ans et produisent pourtant des films à la fois audacieux et d’une grande maturité.

J’ai beaucoup d’admiration pour le travail d’Oscar Ruiz Navia, de Ruben Mendoza (qui reviennent tous deux d’une résidence à la Cinéfondation du Festival de Cannes), mais aussi de Carlos Arbeláez, Carlos Moreno ou Andi Baiz. Et j’en oublie : que les autres me pardonnent !

Comment se porte le cinéma français à l’international ?}

La France a encore l’une des cinématographies les plus vues au niveau mondial.
En dépit d’une légère baisse par rapport à 2009, 60 millions de personnes hors de France ont vu un film français en 2010. La production a atteint des niveaux historiques (260 films ont reçu l’agrément du CNC en 2010), et la fréquentation en salles se porte bien. Bien entendu, nous ne sommes pas dans la même catégorie qu’Hollywood, mais dans une majorité de pays comme d’ailleurs en Colombie, le cinéma français est le deuxième cinéma étranger après le cinéma nord-américain.

Pensez-vous que le cinéma français reste une référence pour le monde du septième art ou qu’au contraire il a perdu de son aura à l’étranger et en France ?}

On ne peut avoir tous les dix ans une génération comme celle de Truffaut, Chabrol et Godard, mais il me semble que la France produit encore des réalisateurs qui comptent au niveau mondial, et qui laisseront leur empreinte dans l’histoire du cinéma : Olivier Assayas, Claire Denis, Jacques Audiard, André Téchiné, Abdelatif Kechiche, Philippe Garrel, et j’en oublie. Une nouvelle génération de cinéastes émerge, dont il faudra suivre le développement : Rabah Ameur Zaimeche, Serge Bozon, Mia Hansen-Love, entre autres.


Le cinéma d’auteur ne trouve pas toujours le succès qu’il connaissait il y a quelques années, et il est difficile de rencontrer la rentabilité pour un cinéma exigeant, mais je crois que des films comme "Un Prophète" vont influencer des réalisateurs du monde entier.

La situation n’est plus ce qu’elle était il y a 50 ou 80 ans : le cinéma est un art centenaire, qui s’est développé dans le monde entier. Aujourd’hui tout le monde sait que de grands artistes peuvent émerger de Corée ou de Thaïlande : le cinéma français a relativement perdu de son importance, mais conserve une place à part sur la scène internationale.

Quels projets de coopération dans la zone Andine et plus précisément en Colombie prévoyez-vous de développer ?}

Le Festival de cinéma français en Colombie célèbre ses 10 ans cette année, et pour cet anniversaire nous voyons les choses en grand. Plus généralement nous voulons maintenir et accroître notre présence dans les festivals colombiens, qui constituent une occasion de montrer un cinéma que l’on ne peut pas voir dans les salles commerciales.

Nous essaierons aussi de créer ou de développer des espaces de rencontre entre professionnels français et colombiens. Cette année, parmi de nombreuses actions dans ce sens nous organiserons des séminaires ou formations dans les domaines du cinéma numérique ou de la valorisation des archives cinématographiques.

Quel regard portez-vous sur les festivals de cinéma de la région ? Comment s’est passé le dernier Festival de cinéma de Carthagène ?}

Il y a 65 festivals de cinéma en Colombie, qui viennent justement à Carthagène de se constituer en association (ANAFE), et chaque année de nouveaux événements font leur apparition. J’ai eu beaucoup de plaisir à assister aux Festivals de Santa Fe de Antioquia, qui réalise un important travail de diffusion et comporte une dimension pédagogique salutaire, ou celui de Cali, qui offre un magnifique espace de diffusion à un cinéma indépendant qui en a peu.

Dans « festival », il y a « fête », et il me semble que la culture colombienne de la rumba est en adéquation avec cette idée de célébrer le cinéma.

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Quant au festival de Carthagène, je trouve qu’il remplit parfaitement son rôle de vitrine pour le cinéma d’auteur et en particulier pour le cinéma national. Bien qu’il soit le festival de cinéma le plus ancien d’Amérique latine, il conserve grâce au dynamisme de la production colombienne et à sa location dans la ville de Carthagène une jeunesse et une fraîcheur admirables.
En outre, les rencontres de producteurs qu’organise le Ministère de la Culture dans le cadre du festival me paraissent être d’une importance fondamentale.

De mon point de vue, le FICCI réunit trois dimensions essentielles de notre action en Colombie : la présence d’Olivier Assayas ou celle de "Des Dieux et des Hommes" dans la programmation nous permet de promouvoir le cinéma français ; l’invitation d’experts français à participer aux ateliers de production est une façon de soutenir la production colombienne et andine ; et en amenant les programmateurs des festivals français, nous nous efforçons de mettre en avant le cinéma colombien.

Quelles surprises réserve la France pour la prochaine édition du Festival de cinéma français ?}

Il est un peu tôt pour révéler les secrets de l’édition 2011. Mais je peux déjà vous dire que nous ferons tout pour recevoir en personne l’artiste à qui nous rendrons hommage. Plus généralement, nous comptons sur la présence d’une véritable délégation française.

Nous souhaitons aussi renforcer la dimension « colombienne » du festival, par exemple en mettant en lumière les coproductions réalisées entre nos deux pays, ou en impliquant des personnalités colombiennes amoureuses du cinéma français.

Quels sont les projets français dans les domaines de la musique et de la télévision pour 2011 ?}

Nous venons d’envoyer un acheteur colombien à un marché de programmes audiovisuels français qui s’est tenu à Mexico.

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Dans le cadre du salon Andina Link, nous avons reçu la visite de nos collègues de France 24, la chaîne d’information française, qui sera très probablement bientôt disponible en Colombie. Et bien sûr, avec mes collègues du service économique de cette ambassade, nous suivons de très près les évolutions sur le front de la télévision numérique, un sujet qui nous est très cher.

Dans le domaine de la musique, nous inviterons un producteur colombien de spectacles dans un grand festival de musique français pour lui donner un aperçu de la vitalité de la scène française. Entre les projets de mon collègue Thierry Bayle, attaché culturel de l’Ambassade et ceux de l’Alliance Française, les occasions d’écouter de la musique française ne manqueront pas !

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N’oublions pas le secteur de la radio, dans lequel nous accompagnons le formidable effort accompli par Radio France Internationale, très présente en Colombie.

La Fête de la musique est un évènement français qui a rencontré dans le passé un large succès en Colombie. Comptez-vous renouveler l’expérience ?}

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Nos amis de l’Alliance Française ont repris avec grand succès l’organisation de la Fête de la Musique. Ils ont bien entendu tout notre soutien pour cela. Il me semble aussi que l’essence de la Fête de la Musique, c’est que le peuple colombien se l’approprie, que ce soit la fête de toutes les musiques, et je trouve que l’Alliance Française y parvient à merveille.

Savez-vous si en 2011 de nouveaux films colombiens sortiront dans les salles françaises ou dans les festivals français, à Cannes, Amiens... ?}

Il est un peu tôt pour connaître les sélections des Festivals de Cannes, Amiens, Nantes ou Biarritz, mais je ne doute pas que le cinéma colombien y sera représenté. Il y aura 10 films colombiens au Festival de Toulouse du 18 au 27 mars ;

"El Vuelco del cangrejo" est en ce moment à l’affiche en France, "Las Colores de la montaña" sort bientôt, et 5 ou 6 films colombiens ont le potentiel d’intégrer les sélections cannoises : il n’est pas déraisonnable d’espérer qu’il y en aura au moins un.

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publié le 09/03/2011

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