Discours du président François Hollande lors de la clôture de la COP21

Retrouvez le discours du président de la République française lors de la clôture de la Conférence sur le Climat qui s’est tenue à Paris du 30 au 12 décembre 2015.


Intervention du président François Hollande​ la... par elysee

Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies, cher Ban Ki-MOON,

Mesdames, Messieurs les délégués,

Alors, vous l’avez fait ! Vous avez réussi là où il y avait eu l’échec il y a six ans. Vous avez réussi alors que le scepticisme était encore à un niveau élevé ces derniers mois. Vous l’avez fait et vous l’avez fait à Paris. Vous avez été capables de dépasser vos intérêts légitimes pour trouver un accord et pas n’importe quel accord, un accord ambitieux, un accord universel, un accord contraignant. Je veux vous remercier d’avoir été à la hauteur de la responsabilité qui vous était confiée, d’avoir répondu à l’appel des chefs d’Etat et de Gouvernement.

Jamais, il ne sera possible d’exprimer autant de gratitude à une conférence et vous vous souviendrez longtemps que c’était à Paris, le 12 décembre 2015. Et plus tard lorsque l’on vous interrogera, lorsque l’on nous interrogera sur le sens de notre vie, sur l’accomplissement de nos actions, nous pourrons évoquer bien des faits, nous pourrons raconter bien des histoires mais une reviendra, vous pourrez dire « le 12 décembre 2015, nous étions à Paris pour l’Accord sur le climat » et vous pourrez en être fiers devant vos enfants et vos petits-enfants.

Je remercie Laurent FABIUS pour le travail qu’il a mené pendant des mois. Vous savez que c’est le ministre des Affaires étrangères du gouvernement français et je posais la question à mes collaborateurs, je disais « mais où est Laurent FABIUS ? » et on me répondait « mais il est dans l’avion car il visite tous les pays du monde pour aller chercher l’accord sur le climat » et puis depuis treize jours, il a, avec vous, pendant toutes ces heures, élaboré cet accord, cherché les compromis et en même temps il n’a pas renoncé à aucun moment à l’ambition qui devait être la nôtre.

Au-delà de lui, je veux remercier comme vous l’avez tous fait et avec des mots qui sont allés droit au cœur des intéressés, toute l’équipe, toute l’équipe du secrétariat général des Nations unies, toute l’équipe autour de Madame FIGUERES, toute l’équipe qui a pu permettre justement d’arriver au résultat que nous connaissons.

Cet accord, nous l’attendions depuis longtemps. Depuis plus de quarante ans, la prise de conscience progressait, des scientifiques étaient de plus en plus sûrs de leurs travaux, des déclarations des chefs d’Etat et de Gouvernement se multipliaient, des femmes et des hommes d’avant-garde, des précurseurs comme AL GORE ici présent, lançaient des alertes, nous disaient qu’il était temps d’agir ! Mais les engagements décisifs étaient toujours attendus.

Puis, il y avait cet échec de Copenhague qui avait -si je puis dire- refroidi les meilleurs esprits, peut-être même découragé un certain nombre de chefs d’Etat et de Gouvernement les plus engagés. Si bien qu’il y a trois ans, j’ai proposé que la France accueille la conférence de Paris pour le climat. On m’avait mis en garde, on m’avait dit « est-ce sûr qu’il y aura un accord ? » mais comment le savoir avant que l’on ait travaillé pour y parvenir ? J’étais conscient qu’il s’agissait d’une énorme responsabilité, je savais que l’échec était possible mais en même temps, tirant la leçon de l’Histoire, je savais qu’il n’y a pas d’avancée sans audace, pas de progrès sans risque, pas de réussite sans épreuve. L’Histoire, Mesdames et Messieurs, elle est écrite par ceux qui s’engagent, pas par ceux qui calculent ! Et aujourd’hui, vous vous êtes engagés et vous n’avez pas calculé !

J’étais confiant parce que jamais, un enjeu n’avait rassemblé autant de chefs d’Etat et de Gouvernement. Jamais, il n’y avait eu autant de contributions nationales, ces fameuses INDC élaborées par les gouvernements pour dire les engagements de chaque Etat. Jamais, il n’y avait eu autant de textes avec ces engagements. Mais avec l’Accord, nous sommes maintenant en mesure de limiter la hausse des températures en-deçà de 2 degrés, de 1,5 degré même d’ici la fin du siècle. Puisqu’une clause a été prévue pour réviser ces engagements, que des financements – 100 milliards – sont mobilisés pour l’adaptation des économies, notamment dans les pays en développement, que vous avez introduit des mécanismes pour que la solidarité soit effective notamment en direction des pays les plus vulnérables et notamment pour qu’ils puissent compenser les pertes et les dommages. Alors, oui, le monde a écrit avec vous une nouvelle page de son Histoire !

Nous entrons dans l’ère du bas carbone. C’est un mouvement puissant et irréversible et ce mouvement va bien au-delà des Etats et des Gouvernements, des milliers de régions, de provinces, de villes, se sont engagées pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 ; des entreprises, le secteur financier, ont décidé de réorienter leurs investissements vers les secteurs bas carbone. Et ici à Paris, nous avons lancé de multiples initiatives, initiatives africaines, pour apporter l’électricité à tous, une alliance a été conclue pour le développement de l’énergie solaire, pour les innovations, pour partager les technologies.

Au cours de cette conférence, ont été présentées des initiatives qui vont révolutionner le monde et lui permettre d’assurer sa transition. Mais cet accord, votre accord n’est pas un aboutissement ; c’est un début et la France mettra tout en œuvre non seulement pour appliquer l’Accord, nous en avons la responsabilité, mais pour accélérer le mouvement.

Je m’engage au nom de la France à réviser au plus tard en 2020 nos engagements de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.

Je m’engage à réviser la contribution financière notamment pour les pays les plus vulnérables, pour l’adaptation. Je m’engage avec d’autres pays s’ils veulent nous rejoindre pour former une coalition pour aboutir à un prix du carbone et pour que les investissements puissent être ainsi réorientés !

Demain, dès demain, je ferai la proposition que les pays qui veulent aller plus vite puissent réactualiser avant 2020 tous leurs engagements.

Mesdames et Messieurs, le combat pour le climat participe d’une lutte, d’une lutte engagée depuis des siècles, des décennies pour la dignité humaine, une lutte pour l’égalité, une lutte pour les droits fondamentaux. Vous savez qu’ici, à Paris, ont été proclamés les droits de l’Homme et du citoyen, eh bien grâce à vous aujourd’hui, vous venez de proclamer les droits de l’Humanité. C’est à cet acte, à cette révolution-là que je veux également souligner la portée de l’Accord de Paris.

Je suis fier, fier que la France ait accueilli cette conférence ; fier que les Nations Unies aient été capables en tant que communauté internationale de prendre cette responsabilité ; fier que les idéaux de justice aient pu prévaloir ; fier de ma génération, de votre génération, qui a été capable de décider d’agir pour un monde que nous ne verrons pas.

Oui, le 12 décembre 2015 restera une grande date pour la planète. A Paris, il y a eu bien des révolutions depuis des siècles mais aujourd’hui c’est la plus belle et la plus pacifique des révolutions qui vient d’être accomplie : la révolution sur le changement climatique.

Merci !

Vive les Nations Unies,

Vive la planète,

Et vive la France !

publié le 15/12/2015

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