Déplacement du président Juan Manuel Santos à Paris : Discours du président François Hollande

Discours de M. François Hollande, président de la République
Paris, 26 janvier 2015

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Monsieur le Président, Madame,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Représentants des entreprises, des universités et des instituts de recherche,
Mesdames et Messieurs,
Monsieur le Président,

L’amitié entre la France et la Colombie est ancienne.

Nous partageons les mêmes valeurs, en particulier celles issues de la Révolution Française. Je rappelle que c’est Antonio Nariño, Vice-Président de la « Grande Colombie » en 1821, qui fut le premier traducteur en langue espagnole de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen. Vos institutions se sont également inspirées du Code Napoléon dont l’influence est profonde sur le droit colombien.

Nous avons aussi le même attachement à la culture. La Colombie est fière - elle peut l’être - de ses héritages amérindien, hispanique et afro-américain. La Colombie est un modèle de diversité et de richesses. Richesses culturelles, richesses artistiques. Elle a donné au monde des écrivains et des créateurs de grand talent. De Gabriel GARCIA-MARQUEZ, Prix Nobel de littérature, à Fernando BOTERO, dont les sculptures ornent le jardin des Tuileries à Paris. Je n’oublie pas vos cinéastes, vos sculpteurs, vos peintres les plus contemporains.

Nos deux pays sont aussi passionnément attachés à la liberté.

Monsieur le Président,

J’ai été très sensible au message de solidarité que vous avez adressé à mon pays, après les événements tragiques qui l’ont endeuillé. Vous êtes allé en personne à l’ambassade de France pour signer le livre de condoléances et vous avez réservé, dans votre programme à Paris, un moment de recueillement en mémoire des victimes des attentats. Je vous exprime ici toute ma gratitude.

J’ai en mémoire le discours qu’Albert Camus avait prononcé en hommage au Président Eduardo Santos, votre grand-oncle, qui était propriétaire du journal El Tiempo et qui avait dû s’exiler à cause de la dictature dans votre pays. Albert CAMUS avait eu cette phrase : « Avec la liberté de la presse, les peuples ne sont pas sûrs d’aller vers la justice et la paix. Mais sans la liberté de la presse, ils sont sûrs de ne pas y aller ».

Le Président Eduardo Santos, qui avait étudié en France, avait accordé l’asile politique en 1941 à Paul Rivet, qui fonda à Bogota l’Institut ethnologique national et forma la première génération d’anthropologues colombiens.
C’est aussi ce lien qui nous unit à travers l’histoire. Quand la France a eu besoin de la Colombie, vous étiez là. Et quand la Colombie a eu besoin de la France, elle était présente.

Monsieur le Président,

Je vous accueille aussi comme le chef de l’État qui a fait le choix de la paix pour son pays. Vous avez décidé courageusement de lancer des négociations avec les FARC et vous travaillez avec courage, avec obstination, à leur aboutissement.
La France vous accorde et vous apporte son plein soutien et toute sa confiance dans les pourparlers en cours.

Monsieur le Président,

Votre visite officielle est l’occasion d’établir un véritable partenariat entre notre deux pays.

Nous avons décidé de créer ensemble un Comité stratégique franco-colombien, composé de personnalités françaises et colombiennes pour renforcer toutes nos relations.

D’abord nos relations économiques. La Colombie est passée en quelques années de la 6ème à la 3ème place en termes de production en Amérique du Sud. La France et les entreprises françaises souhaitent vous accompagner dans votre dynamique de croissance. Les échanges commerciaux entre nos deux pays ont plus que triplé entre 2004 et 2013. 140 entreprises françaises sont aujourd’hui présentes en Colombie. La France est le premier employeur étranger avec plus de 75.000 salariés et le deuxième investisseur européen après l’Espagne.

Aujourd’hui, nous avons décidé de mobiliser davantage encore l’Agence française de Développement, notamment pour préparer la période post-conflit. Elle accompagnera vos projets de mobilité urbaine, de développement rural et toutes vos actions en matière de lutte contre le réchauffement climatique.
L’entrée en vigueur de l’accord commercial entre l’Union européenne et la Colombie et votre future adhésion à l’OCDE vont créer un cadre encore plus favorable au développement de nos échanges. Nous avons également conclu des négociations pour signer une convention fiscale bilatérale.

Mais, au-delà de l’économie, nous avons décidé d’amplifier nos échanges universitaires et scientifiques.

Votre pays est le premier d’Amérique latine avec lequel nous avons signé en 2010 un accord de reconnaissance mutuelle des diplômes dans l’enseignement supérieur. Nous accueillons 3.500 étudiants colombiens et c’est le 2ème contingent d’étudiants latino-américains. 130 accords ont été signés entre des universités françaises et des universités colombiennes.

Aujourd’hui, vous avez beaucoup insisté auprès de moi et des membres du gouvernement pour développer l’enseignement technique et professionnel agricole en Colombie, afin d’assurer un meilleur développement de votre agriculture et de donner, après la fin du conflit, les qualifications nécessaires à vos paysans pour leur permettre de valoriser leurs terres. Les entreprises françaises pourront aussi contribuer au développement de votre agriculture.

Et il y a la Francophonie.

Je veux saluer le réseau des Alliances françaises en Colombie, parce que c’est l’un des plus importants au monde. Nous avons trois lycées - Bogota, Cali, Pereira - qui participent à la formation de vos meilleurs élèves. Un quatrième établissement ouvrira prochainement à Medellin.

Nous avons décidé ensemble aujourd’hui de lancer des saisons culturelles croisées en 2017 et nous ferons en sorte que nos collectivités locales puissent s’approprier ces projets.

Monsieur le Président,

Gabriel Garcia-Marquez, votre illustre compatriote, nous avait donné la clé pour faire face au pire. Cette clé dont nous avons encore davantage besoin aujourd’hui.
« Notre réponse est la vie », disait-il dans le discours qu’il avait prononcé lors de la réception du prix Nobel. Il faut avoir confiance en l’Homme, il faut croire en « l’utopie triomphante de la vie », ajoutait-il.

C’est à cette utopie triomphante de la vie que je lève mon verre ce soir, au nom de l’amitié entre la France et la Colombie.

Vive la Colombie et vive la France ! ./.

publié le 10/02/2015

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