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ALLOCUTION DE M.NICOLAS SARKOZY,
PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
LORS D’UNE RÉUNION DE HAUT NIVEAU A L’ONU SUR LA LIBYE
" Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames et Messieurs,
Mon propos sera bref. Ce début du XXIème siècle ne nous réserve pas beaucoup de bonnes surprises. Depuis que nous sommes dans ce siècle nous n’avons à gérer que des crises nouvelles : crises économiques, crises financières, crise de la famine, crise de la pauvreté.
Partout où nous portons le regard, ce ne sont que complications et difficultés. A vrai dire, il y a eu une bonne nouvelle : les révolutions arabes. Les jeunes Arabes qui sont descendus dans la rue avec un discours que nous autres, en Occident et en Europe, n’imaginions pas. Ils ne sont pas descendus pour dire « à bas l’Occident, à bas la France, à bas les Etats-Unis, à bas Israël ». Ils sont descendus pour dire « nous voulons des emplois, des études, la démocratie, nous voulons la liberté ».
Quand nous avons vu la rue arabe descendre pour réclamer la liberté et la démocratie, nous avons mis du temps à réagir, étonnés que nous étions, stupéfiés que nous étions, devant ce changement considérable qui est la grande nouvelle.
Il y a eu la Tunisie, il y a eu l’Egypte et puis il y a la Libye. Mais qui dans cette salle aurait pensé que le peuple libyen, que les jeunes Libyens auraient étaient capables de mettre à bas un régime de dictature qui durait depuis 41 ans. Qui l’aurait imaginé ? Les spécialistes ? Non, les spécialistes ne nous expliquaient pas cela. Ils nous expliquaient que l’Occident et l’Orient étaient condamnés à l’affrontement. Les jeunes Libyens sont descendus à Tripoli, à Misrata, à Benghazi pour dire « nous ne voulons pas l’affrontement, nous voulons la liberté ». C’est pourquoi, avec un certain nombre de pays, nous sommes intervenus pour aider les révolutionnaires libyens et nous en sommes fiers.
Ce qui nous rend le plus fier, c’est que parmi ceux qui sont intervenus il y avait les frères arabes des Libyens. Il y a avait le Qatar, les Emiratis, la Jordanie. Si les Arabes n’avaient pas eu le courage d’aider leurs frères libyens, pour nous cela aurait été beaucoup plus difficile parce que nous ne voulions à aucun prix que qui que ce soit en Libye puisse imaginer qu’il s’agissait d’un relent de colonialisme.
Nous connaissons l’Histoire et nous en avons retenu la leçon. Aujourd’hui c’est une Libye libre sur laquelle le monde entier se penche. C’est aux Libyens et à personne d’autre de décider quel sera l’avenir de la Libye. Nous l’avons dit avec nos amis américains et anglais, avec tous les partenaires de la coalition, nous resterons pour faire le travail tant que les révolutionnaires libyens en auront besoin.
Une chose a été démontrée : la révolution peut être gagnée sans qu’il y ait autre chose comme troupes au sol que les Libyens eux-mêmes. Nous disons simplement à nos amis libyens : dites-nous jusqu’à quand nous devons rester à vos côtés, et nous le ferons. Nous voulons vous dire une autre chose : après avoir eu le courage de vous libérer les armes à la main, ayez le courage de pardonner. Ayez le courage de vous réconcilier. Le monde entier vous regarde. Et la plus belle récompense pour nous qui avons été à vos côtés dès le premier jour, c’est de voir que nous ne nous sommes pas trompés sur nos amis. Lorsque vous arrêterez Kadhafi, il sera jugé. Lorsque vous demanderez des comptes à ceux qui doivent en rendre, ils auront le droit de se défendre. C’est comme cela que vous construirez l’avenir de la Libye, avec tous les Libyens qui pourront participer à la reconstruction. Plus tôt le gouvernement libyen sera en place, plus tôt la démocratie libyenne sera en place, mieux ce sera.
Je voudrais terminer en disant une chose. Beaucoup de gens nous demandent : n’avez-vous pas peur qu’à l’avenir il y ait un régime pire que celui dont vous avez débarrassé la Libye. Je voudrais leur dire une chose : la peur n’est pas bonne conseillère. Avec des raisonnements de ce type, les Européens de l’Est auraient gardé des dictatures pendant des années. Avec des raisonnements de ce type, nous mêmes, pays européens, nous avons toléré des régimes que nous n’aurions jamais dû tolérer. La liberté n’est pas sans risque, mais la dictature c’est la certitude de l’échec. J’ai confiance dans l’avenir de la Libye. Il y aura des hauts et des bas, mais il n’appartient à personne de pouvoir faire revenir en arrière ceux qui se sont libérés les armes à la main.
Enfin, cela fait peser sur nos épaules une autre responsabilité. Puisqu’enfin les sociétés arabes bougent vers la liberté, prenons garde que des conflits qui durent depuis 60 ans ne viennent empoisonner la construction de la démocratie dans les pays musulmans. Non seulement les rues arabes nous donnent une obligation d’agir, mais elles condamneraient toute forme d’immobilisme.
Mesdames et Messieurs,
Inutile de vous dire que la France est fière et heureuse d’avoir été membre de la coalition et que si cela était à refaire, nous le referions. Benghazi ne sera pas Srebrenica, ni le Cambodge martyrisé par les Khmers rouges. Il n’y aura pas de nouveau massacre entre Hutus et Tutsis.
Enfin, Monsieur le Secrétaire général,
La communauté internationale a eu le courage de réagir. Tirons-en la leçon. C’est ainsi que cela s’est passé en Côte d’Ivoire, c’est ainsi que cela s’est passé en Libye. Que tous les dictateurs du monde sachent que désormais la communauté internationale n’est pas condamnée à des discours. Elle est condamnée à l’action. Et s’il le faut, les armes à la main au service de la démocratie."
