Alexandre Toulemonde, nouveau Président de la Chambre Franco-Colombienne de Commerce et d’Industrie (CFCCI)

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Originaire d’une famille d’industriels du Nord de la France, Alexandre Toulemonde a grandi en Colombie. Après des études de commerce à Paris, il retourne à Bogotá en 1979 comme coopérant à la direction de la Chambre de Commerce Franco-Colombienne (CFCCI). [1] . Il fonde par la suite son agence de publicité qu’il dirige encore aujourd’hui. Récemment élu Président de la CFCCI pour un mandat de deux ans, il dresse ce mois-ci pour Fresco un panorama des relations commerciales entre les deux pays et nous expose ses ambitions et ses perspectives dans le contexte économique actuel.

Que représente pour vous la Chambre de Commerce ?

Ma relation avec la Chambre date de mon arrivée en Colombie. A l’époque nous étions seulement trois fonctionnaires. Quand on voit l’évolution en 30 ans de la chambre, on mesure le chemin parcouru. D’une structure légère et peu professionnelle on est passé à une Chambre compétente, financièrement solide et dotée d’une très bonne image. Elle est considérée comme l’une des Chambres les plus fortes et diversifiées du réseau des Chambres de Commerce Françaises Internationales.
La Colombie connaît une forte croissance, son image en France s’améliore rapidement et les autorités françaises portent une attention renouvelée aux rapports commerciaux avec la Colombie comme le prouve l’ouverture du bureau d’Ubifrance en 2012. Il y a de nombreuses opportunités qui se présentent pour développer la Chambre. C’est ambitieux et nos ressources sur le court terme sont limitées, mais j’entends profiter de ces changements et renforcer la CFCCI, un peu à la manière de ce qui s’est produit lors des trente dernières années…

2) Quel est l’état actuel des relations commerciales entre la France et la Colombie ?

Lors de son premier voyage officiel, le Président Santos s’est rendu en France, un accord commercial entre l’Union Européenne et la Colombie est en cours d’approbation, des accords de non double imposition et de protection des investissements sont également en négociation et, heureusement, il n’y a pas de contentieux majeurs entre les deux pays. La relation est harmonieuse, ce qui n’a pas souvent été le cas. Autant de signes positifs qui nous permettent d’être optimistes, même s’il existe des zones d’ombres.
Les exportations de la France vers la Colombie ont augmenté mais elles ont perdu en part lorsque l’on considère l’ensemble des importations colombiennes. Et si nous observons le dynamisme d’autres pays comme la Corée ou la Chine, on ne peut que s’inquiéter sur l’avenir économique de la France en Colombie.
Nous sommes toutefois le premier employeur étranger dans le pays et nous avons de très bonnes bases pour une présence renforcée de la France. Il faudrait néanmoins que les entreprises françaises portent un regard plus ouvert sur les diversités du globe. On a souvent l’impression que pour elles le monde passe d’abord par l’Europe, puis l’Afrique, ensuite l’Asie et seulement après l’Amérique, en passant du Nord vers le Sud…Ce qui laisse la Colombie dans une position bien lointaine, malgré les bénéfices qu’offre le pays : stabilité politique, croissance économique, respect de l’investissement étranger, accords commerciaux avec les pays voisins qui en font une excellente plateforme régionale, localisation géographique, potentiel agricole et minier, bénéfices fiscaux, la Colombie présente de très nombreux avantages.

Quels sont les secteurs en Colombie où la présence d’entreprises françaises est particulièrement remarquable ?

La présence française en Colombie est remarquable par bien des aspects. Il faut en tout premier lieu parler du secteur de la grande distribution : elle est française presque à 100%, par le biais de Casino et Carrefour. Dans la production industrielle, nous sommes dans l’automobile, l’électroménager, le verre, la pharmacie. En ce qui concerne les services, on nous retrouve dans le sous-traitement, l’achat de médias, les études de marché. C’est sans parler des nombreuses représentations commerciales...
Je voudrais cependant attirer l’attention sur les secteurs où la France devrait être présente et ne l’est pas, en particulier dans le secteur agricole, les infrastructures, les mines et la construction, qui sont tous des secteurs porteurs où elle pourrait avoir un rôle important à jouer.

Vous qui avez une bonne connaissance de ces deux cultures, quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux professionnels pour entamer favorablement des affaires bilatérales ?

Mon premier conseil aux Français qui arrivent sur place est d’oublier tout orgueil. Le fait que la France soit un pays avancé à bien des égards ne nous rend pas plus compétents que les Colombiens. A moins d’importer une technologie propre ou des produits nouveaux, nous ne sommes rien de plus que les Colombiens, qui, tous les entrepreneurs français installés de longue date dans le pays en conviendront, sont d’excellents travailleurs souvent très bien formés.
Ensuite, il faut comprendre l’importance qu’ont les aspects formels en Colombie. Les Français ont tendance à penser que si le fond est correct, la forme importe peu, ce qui est différent ici. Il faut être attentif aux formalités légales dans le pays, qui sont souvent pesantes et l’objet d’administrations tatillonnes. Malgré tout ce que l’on peut en penser, il faut bien l’admettre pour pouvoir fonctionner efficacement sur place.
Enfin, je considère que les Colombiens sont très dynamiques mais souvent conservateurs et surtout très prudents. Peu enclins à se lancer sur des nouveaux projets, des idées qui n’ont pas été prouvées ailleurs, je le vois en permanence en publicité. Il faut savoir présenter les nouveautés avec talent, en diminuant l’aspect « risques » qu’elles peuvent comporter.

[1Créee en 1917, la CFCCI est une association d’entreprises au service des entreprises chargée d’accompagner ses membres dans le développemenr de leurs activités commerciales et d’offrir aux entreprises colombiennes et françaises, les outils nécessaires à la réalisation d’affaires entre les deux pays.La CFCCI est une association colombienne de droit privé à but non lucratif qui s’autofinance grâce aux services qu’elle propose (étude de marché, organisation de mission de prospection etc.)

publié le 12/08/2011

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